[TRIBUNE CAPEB] Pompes à chaleur : les artisans ne sont pas de simples poseurs !
Suite à la publication de la liste des 6 premiers consortiums retenus par le gouvernement pour porter les offres intégrées de pompes à chaleur, la Capeb a vivement réagit par la voix de son président. Jean-Christophe Repon s'exprime pour déplorer le risque de voir les artisans exclus du marché ou transformer en simple "tâcherons" dans une tribune que nous publions ci-dessous.
Accélérer l’électrification du chauffage est une nécessité que la Capeb partage pleinement. Seulement le développement des offres intégrées de pompes à chaleur, encouragé dans le cadre du plan national d'électrification avec l’annonce le 30 septembre dernier des premiers consortiums retenus, soulève une question fondamentale : quelle place laisse-t-on aux artisans dans un marché de plus en plus intégré ?
Sur le papier, la promesse est séduisante : regrouper équipement, installation, fourniture d’électricité, financement, pilotage énergétique et maintenance pour simplifier le parcours des ménages et rendre leur investissement plus accessible.
Mais simplifier ne doit pas aboutir à concentrer entre les mains des opérateurs la relation commerciale, le choix des équipements et la fixation des prix. Or, c'est précisément le risque que fait peser le modèle d'offres intégrées aujourd'hui privilégié par les pouvoirs publics. Les artisans se retrouvent dépossédés de leur métier et relégués à un rôle de simples poseurs au mépris de leur expertise qui, seule, peut garantir la qualité des installations.
Un artisan n’est pas un poseur.
Il diagnostique, conseille et adapte ses préconisations de travaux aux caractéristiques du logement, aux équipements existants et aux besoins de ses occupants. Le dimensionnement de la pompe à chaleur, l’adaptation éventuelle du système de chauffage ou les travaux complémentaires (désembouage, calorifugeage, notamment) conditionnent la performance et la durabilité de l’installation. Cette expertise ne peut pas être remplacée par une offre standardisée conçue en amont.
C’est précisément ce qui nous inquiète dans le modèle économique proposé aujourd’hui par les pouvoirs publics.
La volonté de maintenir la dépense énergétique globale d’un ménage à un niveau maîtrisé est légitime. Mais elle ne doit pas conduire à sous-estimer le coût réel des travaux. D’un chantier à l’autre, les besoins, les délais et les moyens nécessaires varient. Si les prix et les conditions d’intervention sont définis sans tenir compte de ces réalités, les marges des entreprises seront inévitablement comprimées et la qualité des installations fragilisée.
Pour une filière pérenne et une croissance durable, un juste partage de la valeur est une nécessité. Les modalités de rémunération des artisans, les coûts effectivement couverts et les obligations qui leur sont imposées doivent être transparents, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Une entreprise artisanale ne dispose pas du même pouvoir de négociation qu’un grand énergéticien ou qu’un opérateur intégré.
Si elle dépend de ces acteurs pour accéder aux chantiers, elle perdra ce qui fait l’essence même de l’artisanat : son indépendance, sa liberté de fixer ses prix, de choisir ses équipements et de conseiller en grande proximité ses clients quant à la meilleure à retenir pour eux.
Cette situation appelle la plus grande vigilance : les entreprises qui réaliseront les travaux seront exposées aux conséquences de leurs interventions sans maîtriser l’ensemble des décisions techniques et économiques prises en amont, sans elles. La responsabilité de l’artisan doit aller de pair avec sa capacité à exercer son métier et à effectuer les choix nécessaires à la qualité du chantier.
La Capeb défend un autre modèle
Il ne s’agit pas de refuser les offres intégrées ni de freiner le développement des pompes à chaleur, mais de construire des partenariats qui associent pleinement les entreprises artisanales. Fabricants, distributeurs, fournisseurs d’énergie et acteurs du financement ont leur rôle à jouer, à condition que les artisans conservent la maîtrise de leur conseil, le choix des solutions adaptées et une rémunération cohérente avec le travail réalisé.
L’accès aux aides et aux financements doit contribuer à rendre les équipements accessibles, sans sacrifier la qualité des travaux ni l’équilibre économique des entreprises. C’est à cette condition que les offres pourront répondre durablement aux besoins de l’ensemble des ménages et aux objectifs de la transition énergétique. Les dispositifs de soutien public ne sauraient favoriser un modèle économique au détriment des autres. Les entreprises artisanales, qu'elles participent ou non à un consortium, doivent pouvoir accéder à des conditions de soutien équitables. Il appartient aux pouvoirs publics de garantir cette égalité de traitement et de préserver une concurrence ouverte, au bénéfice des entreprises comme des ménages.
Les artisans du bâtiment forment des apprentis, emploient des salariés, assurent la transmission des compétences et réalisent des travaux sur mesure partout sur le territoire. Ils ne peuvent être considérés comme une simple capacité de pose mobilisable au gré de politiques publiques qui négligeraient leurs spécificités et risqueraient, en voulant organiser le marché, de finir par le concentrer au profit des quelques grands opérateurs.
La transition énergétique ne doit pas se traduire par une concentration de la valeur et des décisions au détriment de ceux qui réalisent les chantiers. Car on ne réussira pas l'électrification du chauffage en transformant les artisans en simples exécutants des stratégies des grands opérateurs.
Jean-Christophe Repon
[ndlr : Rappel de la composition des six consortiums]
1. Hellio Solutions, Homyos, Akéa Énergies, Winter, Alpiq et Cofidis.
- Hellio Solutions : pilotage de l’offre et relation avec le ménage.
- Homyos : conception, installation et maintenance des PAC.
- Akéa Énergies : mobilisation des aides et interventions sur les PAC via le réseau d’installateurs de Hellio.
- Winter : analyse des consommations et simulation des économies.
- Alpiq : fourniture d’électricité à prix fixe pendant trois ans.
- Cofidis : financement du reste à charge.
Partenaires complémentaires annoncés : Atlantic et Hitachi pour les équipements et leur connectivité, Murfy pour la maintenance de proximité, Survoltage pour le pilotage et la flexibilité énergétique, STOP Exclusion Énergétique en soutien. Ces partenaires ne sont pas tous membres du consortium au sens strict.
2. IZI by EDF
Trois membres du consortium
IZI by EDF, EDF et Domofinance.
- IZI by EDF : interlocuteur du ménage, étude technique, dimensionnement, coordination de l’installation et maintenance.
- EDF : fournisseur d’électricité associé à l’offre et acteur du pilotage énergétique.
- Domofinance : financement du reste à charge. Cette société est une filiale de BNP Paribas Personal Finance et d’EDF.
Le parcours comprend également la mobilisation des aides, la mise en service par des professionnels qualifiés et le suivi des consommations. Les éléments publics consultés ne permettent pas d’identifier avec certitude un fabricant de PAC membre du consortium : il ne faut donc pas en déduire qu’EDF fabrique les équipements.
3. Le PAC’TE français
Trois membres du consortium
Alterna énergie, Saunier Duval et Cofidis.
- Saunier Duval : fabricant de la PAC GeniaAir Classic, annoncée comme fabriquée à Nantes, avec une garantie de cinq ans dans cette offre.
- Alterna énergie : fourniture d’électricité à prix fixe pendant trois ans, avec une offre comportant 15 heures creuses et super-creuses par jour.
- Cofidis : financement du reste à charge.
L’offre réunit équipement, installation, accompagnement, financement, électricité et maintenance pendant trois ans. Elle est présentée comme une alliance de trois acteurs français.
4. Octopus x Effy
Deux membres du consortium officiellement annoncés
Octopus Energy France et Effy.
- Effy : accompagnement du projet, étude et dimensionnement, mobilisation des aides, sélection d’artisans qualifiés et organisation de l’installation.
- Octopus Energy France : fourniture d’électricité et contribution au pilotage énergétique.
L’offre est ouverte à plusieurs marques de PAC, notamment Hitachi, Mitsubishi, Daikin, Ariston, Panasonic et Atlantic, selon les conditions annoncées. Effy communique aussi sur un financement avec Sofinco et une prestation de maintenance assurée par Savelys. Sofinco et Savelys sont à distinguer des deux membres officiellement annoncés du consortium.
5. Hello Watt x ENGIE — offre RÉFLEX
Deux entités commerciales annoncées par le Gouvernement ; trois entités opérationnelles mentionnées dans les présentations détaillées
Hello Watt, Hello Watt Rénovation et ENGIE sont cités dans les documents de présentation de l’offre.
- Hello Watt : pilotage du parcours, étude et dimensionnement, organisation de l’installation, mobilisation et avance des aides.
- Hello Watt Rénovation : entité de rénovation associée à la réalisation des travaux.
- ENGIE : fourniture d’électricité, avec une part fourniture annoncée à prix fixe pendant trois ans.
Les PAC sont notamment choisies parmi les gammes d’Atlantic et de Daikin. La maintenance est assurée pendant trois ans par les fabricants. Le financement peut notamment s’appuyer sur l’éco-prêt à taux zéro.
6. Consortium porté par Sonepar
Cinq partenaires opérationnels identifiés
Sonepar, ECAIR, ACE Énergie, TotalEnergies et Sofinco.
- Sonepar : pilote l’offre, fournit les équipements et anime son réseau d’installateurs.
- ECAIR : organise le parcours et le guichet unique administratif et financier.
- ACE Énergie : délégataire CEE, mobilise et sécurise le financement des aides, avec des contrôles de chantier.
- TotalEnergies : propose la fourniture d’électricité à prix fixe pendant trois ans, si le ménage choisit cette offre.
- Sofinco : finance le reste à charge.
Le dispositif s’appuie sur un réseau revendiqué de plus de 80 000 installateurs clients, dont 15 000 spécialistes de la PAC, et près de 500 agences. L’installation reste réalisée par des professionnels du réseau, et non nécessairement par Sonepar lui-même.