« Passer d’une logique de quantité à une logique de qualité »
Député des Landes (apparenté Ensemble pour la République) et engagé de longue date sur les enjeux d’adaptation au changement climatique notamment en tant que président du Conseil national de l’habitat jusqu’en décembre 2024, Lionel Causse place désormais la rénovation énergétique au cœur de son action. Conjuguer performance environnementale, justice sociale et structuration industrielle de la filière figurent parmi ses priorités. Sur le chemin pour y parvenir : les rénovations globales, un financement territorialisé et une lutte renforcée contre la fraude.
Je vois une totale cohérence entre ces deux engagements. L’adaptation au changement climatique, ce n’est pas uniquement la gestion du trait de côte ou la prévention des risques naturels. C’est aussi la capacité de nos logements à faire face aux vagues de chaleur, aux épisodes de froid intense et à la hausse du coût de l’énergie. La rénovation énergétique est un levier central pour réduire nos émissions, pour protéger le pouvoir d’achat des ménages, et pour améliorer le confort d’été comme d’hiver. On ne peut pas parler d’adaptation sans parler de logement. Le bâtiment représente une part majeure de notre consommation énergétique : agir sur ce secteur, c’est agir concrètement pour le climat et pour la qualité de vie des Français.
Elle reste crédible, mais elle exige de passer d’une logique de quantité à une logique de qualité. Il faut s’assurer que chaque rénovation soit globale et performante, tout en simplifiant les aides et les démarches pour les ménages et les professionnels. La filière doit être structurée, formée et capable de répondre à la demande. Avec ces conditions, atteindre 700 000 rénovations par an n’est pas seulement un chiffre : c’est un objectif réaliste et utile pour le climat, le confort des Français et la maîtrise de leurs factures.
Oui, les rénovations globales sont plus efficaces énergétiquement et économiquement sur le long terme ! Elles permettent un saut de performance significatif, réduisent durablement les factures et valorisent le patrimoine. Cela ne veut pas dire exclure totalement les gestes simples, mais il faut que l’incitation publique oriente prioritairement vers des parcours cohérents, accompagnés et performants.
« La rénovation énergétique est un pilier de notre souveraineté énergétique et de notre adaptation climatique. Nous devons en faire une politique cohérente, stable et exigeante. »
Le reste à charge est un enjeu central de justice sociale. La rénovation énergétique ne doit pas creuser les inégalités : elle doit au contraire permettre à chacun de vivre dans un logement digne, confortable et économe. C’est pourquoi nous devons renforcer les dispositifs de financement et mettre l’accent sur l’accompagnement des ménages les plus fragiles. L’objectif est de faire de la transition énergétique un levier d’équité sociale, et non un facteur d’exclusion.
Les collectivités sont essentielles. Elles connaissent les réalités locales, les spécificités du bâti et les besoins sociaux. Elles peuvent notamment mobiliser les acteurs locaux : banques, artisans, bailleurs. C’est précisément l’esprit de Rénov’ Acteurs, qui défend une approche territorialisée du financement. Je tiens d’ailleurs à souligner mon soutien total à Rénov’ Acteurs, qui incarne cette approche concrète et territoriale : leur travail pour mobiliser les collectivités et accompagner les projets locaux est exemplaire et précieux pour réussir la rénovation énergétique sur le terrain. Leur force réside non seulement dans l’ancrage territorial, mais aussi dans leur capacité à créer des assemblées, rassembler les acteurs de la rénovation et fédérer autour de projets cohérents et performants.
« Il ne faut pas oublier que la transition écologique est aussi une politique industrielle. »
La fraude fragilise tout l’écosystème : les ménages, les entreprises sérieuses et la crédibilité des politiques publiques. Il faut agir sur trois leviers : renforcer les contrôles en amont et en aval ; mieux partager les données entre administrations ; sanctionner plus rapidement et plus fermement. Au sein de Stop Fraudes, nous travaillons à identifier les failles des dispositifs, à proposer des améliorations réglementaires et à sensibiliser les particuliers aux pratiques frauduleuses. Nous souhaitons nous assurer que chaque euro utilisé pour la rénovation est utilisé de manière utile et efficace. Enfin, l’association se veut une caisse de résonance légitime et le plus large possible, auprès des pouvoirs publics, afin de faire entendre de manière collégiale et organisée les acteurs qui subissent la fraude.
Des efforts ont été engagés, mais ils doivent être amplifiés. Nous devons soutenir la formation et l’attractivité des métiers. Je crois aussi qu’il faut encourager l’industrialisation des solutions de rénovation performante, les massifier le plus possible. Je suis un fervent défenseur de l’usage de matériaux biosourcés et bas carbone, et je crois que pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, c’est-à-dire atteindre 100% de bâtiments basse consommation à l’horizon 2050, il faut donner de la visibilité pluriannuelle aux dispositifs d’aide. Il ne faut pas oublier que la transition écologique est aussi une politique industrielle. Elle peut créer de l’emploi local et structurer une filière d’excellence française. La France dispose déjà de nombreux leaders et entreprises très performantes dans ce domaine et est en avance à l’échelle internationale. Valoriser ces savoir-faire et soutenir leur développement permettra de renforcer notre position de leader mondial dans la rénovation performante et bas carbone.
Je vois plusieurs priorités. D’abord la stabilité des règles : il faut à tout prix arrêter les stops and go ! Ensuite, la lisibilité des aides publiques, et enfin la lutte contre la fraude afin de mieux protéger les ménages et les entreprises sérieuses. La rénovation énergétique est un pilier de notre souveraineté énergétique et de notre adaptation climatique. Nous devons en faire une politique cohérente, stable et exigeante. C’est à cette condition que nous pourrons atteindre nos objectifs et répondre aux attentes des acteurs du secteur.
L’association Stop Fraudes officiellement lancée
Réunie pour la première fois le 29 janvier 2026 à l’Assemblée nationale, l’association Stop Fraudes a lancé sa phase opérationnelle sous l’impulsion du député Lionel Causse, son président, et de Marjolaine Meynier-Millefert (à droite sur la photo), vice-présidente.
Présentée en octobre lors du salon Renodays, la structure revendique déjà 38 adhérents et vise 80 membres avant la fin de l’année, avec l’objectif de fédérer l’ensemble de la chaîne de valeur de la performance énergétique – entreprises de travaux, financeurs, acteurs publics, associations techniques et organisations professionnelles – afin de répondre de manière coordonnée à la montée des fraudes qui affectent les dispositifs d’efficacité énergétique et d’adaptation du logement.
« Dans un contexte marqué par la multiplication des signalements liés aux aides telles que MaPrimeRénov' et aux certificats d’économies d’énergie, et par le renforcement des contrôles de la Direction générale de la concurrence (DGCCRF), l’association entend restaurer la confiance des ménages, protéger les artisans et sécuriser l’usage des financements publics et privés », explique Lionel Causse.
Une feuille de route ambitieuse
Un conseil d’administration provisoire a été désigné dans l’attente de l’assemblée générale qui se tiendra en juin, associant représentants du bâtiment, du monde associatif, du financement réglementé, de l’innovation et d’acteurs publics et parapublics.
Les membres ont par ailleurs arrêté une feuille de route 2026-2027 articulée autour de cinq priorités : évolution du cadre normatif, solutions concrètes pour les cibles des fraudeurs, meilleure protection des victimes, stratégies contentieuses adaptées et dialogue renforcé avec les pouvoirs publics. Des groupes de travail opérationnels et une charte éthique doivent désormais traduire ces orientations en actions.