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Le plan d’électrification conduit à évincer le gaz du logement

, mis à jour le 13/04/2026 à 16h17
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Sébastien Lecornu Premier ministre Matignon

Déploiement des PAC, évolution des soutiens, interdiction des chaudières au gaz dans le collectif neuf... les annonces du Premier ministre ce vendredi 10 avril pour électrifier les usages sont nombreuses et font réagir toute la chaîne de valeur, depuis les fédérations et syndicats jusqu'au associations en passant par les délégataires de CEE et les industriels.

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Sébastien Lecornu a dévoilé, ce 10 avril, les premières mesures du Plan d’électrification des usages. Pour le logement, elles consisteront à soutenir le déploiement des PAC jusqu’à 1 million d’unités par an en 2030, grâce à un dispositif d’aide supplémentaire de 200 M€. Dans le collectif, il ne sera plus possible d’installer des chaudières gaz pour la construction neuve (individuel ou collectif) à partir de fin 2026.

Le Premier ministre a en parallèle annoncé la sortie progressive de 2 millions de logements sociaux du chauffage au gaz ou au fioul, afin de diminuer la dépendance française à l’importation de carburants fossiles. Pour changer d’échelle, le soutien public à l’électrification des usages sera doublé d’ici à 2030. Il passera de 5,5 à 10 Mrds €/an. Un investissement massif que se fera en tenant compte des cibles de déficit fixées par le gouvernement. Les aides publiques destinées aux particuliers accompagneront le remplacement des chaudières (gaz ou fioul) par des pompes à chaleur, en particulier pour les ménages les plus modestes grâce à du « leasing » de machines.

Selon le gouvernement, la sortie du gaz et le déploiement des PAC « doit permettre de faire baisser les coûts de chauffage, tout en soutenant une filière industrielle française. Au total 85 TWh de gaz devraient être remplacés par de l’énergie produite en France à l’horizon de 2030, soit l’équivalent de 20 % des importations françaises de gaz ». Les mesures annoncées auront une incidence sur l’activité des artisans et PME en termes de mobilité. Pour la première fois, des dispositifs dédiés aux utilitaires ainsi qu’aux poids lourds, pouvant aller jusqu’à 100 k€ par véhicule. L’électrification des outils de travail fera également l’objectif de dispositifs spécifiques, y compris pour la filière du BTP.

« L’énergie n’est pas seulement un marché. C’est un enjeu de sécurité nationale. Un rapport de force. Quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres », Sébastien Lecornu (Premier ministre)

Une transition trop brusque ?

Pour la Fédération française du Bâtiment (FFB), l’électrification du logement neuf, doit être faite avec méthode : « Le Premier ministre a annoncé une vive accélération de l’électrification du logement. Elle passera notamment par l’exclusion des chaudières gaz, y compris les PAC hybrides électricité-gaz, dans les opérations neuves de logements collectifs à compter du 1er janvier 2027 ». Si elle salue l’ambition, la fédération « s’interroge sur la cadence retenue [qui doit] rester soutenable, techniquement et économiquement », pointant la nécessité de moderniser le réseau électrique. « Appliqué sans nuance, l’objectif annoncé se traduira par l’abandon d’environ ¼ des projets actuellement à l’étude dans le collectif, alors qu’il s’écoule 12 à 18 mois au moins entre la première ébauche et le dépôt du permis de construire. Tous ne seront pas retravaillés, alors que l’adaptation à une nouvelle source d’énergie se traduit nécessairement par un surcoût ». La FFB propose des mesures intermédiaires, comme le recours à la PAC hybride alimentée en biogaz.

Le sentiment est le même pour la Capeb : "Un cap jugé trop brutal et insuffisamment concerté". Les objectifs apparaissent comme trop rapides et pas assez adaptés aux réalités du terrain. Elle s'inquiète particulièrement de l'impact direct pour les artisans chauffagistes qui risquent une rupture d'activité brutale de leur activité dans le neuf. La Capeb estime aussi que malgré des aides déjà existantes, le marché des PAC est resté peu dynamique, avec un coût trop élevé pour les ménages. Jean-Christophe Repon (président) résume : "Nous partageons l'objectif de décarbonation, mais cette transition doit être progressive, lisible et construite avec les artisans. Aujourd'hui, ces annonces créent de l'incertitude et un choc pour des entreprises déjà fragilisées. Dans un secteur en récession, ce message est inaudible pour des artisans qui attendent des réponses concrètes. La priorité doit être la sobriété, avec un parcours de rénovation fondé sur l'isolation avant l'électrification".

Le syndicat professionnel des fabricants d’appareils thermiques électriques (Gifam) salue pour sa part « une étape majeure pour accélérer l’électrification de notre pays et notamment celle des logements ». Mais il note une limite à ces annonces : « Pour tous les logements où l’installation d’une PAC n’est pas possible techniquement ou trop onéreuse, les radiateurs électriques de dernière génération, intelligents et de haute performance, pourront jouer un rôle complémentaire ». Avant d’énumérer les cas de figure les plus rencontrés : en milieu urbain pour les logements de petite surface ou dans les logements collectifs équipés de chauffage gaz individuels notamment.

Quant au Réseau Cler, s’il « reconnaît l’importance du changement de systèmes de chauffage alimentés aux énergies fossiles vers des systèmes fonctionnant aux EnR pour la transition énergétique des logements, tient à rappeler que l’électrification seule ne permettra pas d’améliorer les conditions de vie et de faire reculer la précarité énergétique ». Pour Damien Barbosa, le porte-parole du mouvement, « le gouvernement doit (…) s’attaquer prioritairement à l’éradication des passoires thermiques ».

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salle test pompe à chaleur

Ne pas oublier la formation

Chez le spécialiste des CEE Effy, le soutien au développement des pompes à chaleur est salué. Y compris la création d’offres « tout-en-un » intégrant les travaux, le financement et la maintenance de ces équipements pour garantir leurs performances, plus la fourniture d’énergie. Ces offres réuniront donc plusieurs opérateurs (banques, installateurs et fournisseurs d’énergie) au sein de consortiums labellisés par l’État. « Chez Effy, nous avons toujours pensé nécessaire de proposer aux particuliers des parcours simples avec un interlocuteur unique pour les travaux, les aides et le financement, et nous déployons une offre packagée sur les PAC depuis plusieurs années. La proposition du gouvernement vient valider cette approche qui constitue un gage de simplification et de confiance pour les ménages », souligne Audrey Zermati (directrice Stratégie).

L’industriel Daikin a lui aussi réagi, se réjouissant de voir sortie la France (et l’UE) de la dépendance aux énergies fossiles. « La PAC est un levier concret d’indépendance énergétique, de réduction des consommations et des émissions de carbone ». Depuis l’augmentation des prix du gaz sur les marchés internationaux, Daikin explique avoir déjà commencé à ressentir une hausse des demandes de devis.

Reste une autre question : celle de la capacité de la filière à installer tant de PAC d'ici à la fin de la décennie. Thermor autre acteur industriel (groupe Atlantic), soutient que les enjeux de formation des installateurs seront primordiaux pour tenir les engagements et les délais. Plusieurs défis devront être relevés, dont l'arrivée de nouveaux fluides (R290) demandant une expertise spécifique pour garantir la sécurité des systèmes. La préparation de la certification Quali'PAC sera bien au cœur des discussions et des demandes de formation, y compris dans les centres des industriels.

Fort de 14 ans d’expérience dans la presse bâtiment, Grégoire, Rédacteur en chef de Zepros Bâti depuis 2019, est spécialisé dans les matériaux, l’isolation, la charpente, la couverture et les innovations énergétiques.
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