Rencontres des métiers du Bâtiment 2026 by Capeb : les artisans entre espoirs et désillusions
Sous un soleil qui darde sur le parc Chanot à Marseille (13), 1 700 adhérents et 116 exposants ont foulé les allées de l’événement organisé du 24 au 26 juin dernier. L’occasion pour le président de la Capeb, Jean-Christophe Repon, de rappeler les avancées obtenues par l’organisation. Même si, dans le même temps, le gouvernement a à nouveau douché les espoirs de relance.
Le président de la Capeb ne veut pas tomber dans le pessimisme complet. D'autant que tout au long de cette année 2026 l’organisation fête ses 80 ans ! En évoquant les exposants et artisans « venus en masse, je constate qu’ils sont souriants et avec plutôt de l’énergie », s'est réjoui le président en amorce du point presse.
Mais la touche optimiste de Jean-Christophe Repon ne va pas beaucoup plus loin. « Si dans un moment d'euphorie, nous avions émis l'hypothèse d'une activité à + 0,5 % en 2026, avec un début d’année en recul de 1,5 % sur l’ensemble des secteurs – neuf, rénovation et rénovation énergétique –, la montée de stress depuis le conflit au Moyen-Orient, et la hausse des matériaux subie encore plus rapidement qu'au moment de la guerre en Ukraine, je ne vois pas comment les chiffres du second semestre pourront être positifs. »
La présidente de la Capeb des Bouches-du-Rhône (en photo) confirme ces heures sombres : « Dans notre département, nous avons une dizaine d'entreprises par semaine qui se déclarent en très grande difficulté. Nous avons augmenté notre taux d'impayé de cotisation par deux ! Quand un artisan ne peut pas régler 40 € de cotisation, c’est qu'on est au bout du bout », déplore Patricia Blanchet-Bhang, en plaidant pour que « nos élus métropolitains prennent leur responsabilité et arrêtent de nous considérer comme des variables d'ajustement dans leur budget », alors que l'artisanat local espère notamment peser dans le plan de désimperméabilisation et de rénovation des écoles marseillaises.
Carotte, bâton…
Reste qu’une bonne nouvelle est arrivée : celle de l’adoption du fameux arrêté RGE par la VAE (validation des acquis de l'expérience), publié au Journal officiel le 29 juin dernier. Encore en suspens au moment de son intervention à Marseille, Jean-Christophe Repon s’est félicité de cette avancée par anticipation. « Elle ouvre le marché de MaPrimeRénov' à 500 000 entreprises qui en étaient exclues. Seules 54 000 étaient qualifiées RGE, dont 22 000 adhérents Capeb. » Attestation chantier pérennisée, dossier simplifié, audits allégés – un seul sur quatre ans – pour les petits faiseurs, reste à connaître le coût pour les chefs d'entreprise de cette RGE VAE qui veut prendre pour référence le prix du Consuel autour de 120 euros. « Il faut que les organismes idoines soient assez intelligents pour ne pas mettre un passage de qualification trop cher », espère le président de la Capeb. Sans lui laisser le temps de digérer cette bonne nouvelle, deux nouveaux couperets sont tombés le 30 juin : le coup de rabot de MaPrimeRénov' et la suppression dès le 1ᵉʳ septembre de la quasi-totalité des aides aux travaux par gestes.
…Et canicule
« Désormais nous pouvons prétendre à la rénovation énergétique. Mais sans monogestes éligibles, seuls les CEE ou l'éco-PTZ nécessiteront d'être contrôlés pour accéder au marché du RGE, s’agace Jean-Christophe Repon. Pour faire une rénovation étape par étape, il faut du monogeste. Comment allons-nous faire basculer d’un ou deux sauts d’énergie, les 700 000 passoires thermiques qui vont être remises sur le marché locatif ? Le discours est incohérent », et dissonant avec la trajectoire Paris 2050, en faveur de la décarbonation, « qui doit être tenue, si on veut éviter les aléas climatiques… ». Et les canicules plus fréquentes et plus longues, l'autre sujet prégnant de ces Rencontres du Bâtiment. « Pour les nombreuses entreprises qui sont non cotisantes au régime chômage intempéries en raison du plafond du chiffre d’affaires de leur masse salariale, je vais demander au collectif - FNTP, FFB et Capeb – de leur en ouvrir l’accès pour les accompagner », dévoile en point d’orgue Jean-Christophe Repon.
Des rencontres par et pour les artisans
Au-delà du programme de conférences et de l'espace d'exposition, les Rencontres des Métiers du Bâtiment se veulent avant tout un temps de partage entre professionnels. Dans un secteur où le dirigeant d'une entreprise artisanale prend souvent seul les décisions, ce rendez-vous a une ouvelle fois permis aux artisans d'échanger entre pairs, de confronter ses pratiques, de partager les difficultés rencontrées et de s'inspirer des solutions déployées par d'autres confrères. Un rendez-vous particulièrement utile dans un contexte particulièrement complexe et tendu à mi-chemin de 2026. (Stéphanie Lacaze Haertelmeyer)
Partenariat Sofinco : l'artisan mandataire du prêt affecté
En attendant l'adoption définitive du projet de loi pour faciliter le recours aux groupements momentanés d'entreprises (GME) porté par l'ex-ministre du Logement Valérie Létard, face au plan électrification qui conditionne les aides à la décarbonation des équipements, la Capeb ne veut pas laisser ce marché à quelques énergéticiens. Pour pouvoir rénover intelligemment – isoler, ventiler, chauffer avec une PAC –, elle s'est rapprochée de Sofinco, mandaté par l'Anah pour proposer un prêt affecté à ces travaux. Mais aussi à ceux liés à MaPrim'Adapt, « qui concernent souvent des ménages modestes avec un reste à charge déjà lourd pour eux. Or, il n'est plus possible que ce soient les entreprises artisanales qui fassent l'avance de trésorerie en attendant que les primes gouvernementales soient versées après de longs mois d'attente », pointe Patricia Blanchet-Bhang, présidente Capeb des Bouches-du-Rhône. Ce prêt affecté fixé à un taux de 4,90 %, « est un véritable coup de pouce pour nous, un élément essentiel pour donner une dynamique à l'artisanat ».