Une rentrée entre « usure et revendications» pour la Capeb
La Capeb s’apprête à lancer une consultation auprès des adhérents pour établir un socle de propositions pour les candidats à la présidentielle. En attendant, alors que la conjoncture reste négative, elle reformule ses priorités sur la rénovation énergétique et plus globalement l’accès des artisans au marché.
Au deuxième trimestre, l’activité des entreprises artisanales du bâtiment recule encore de 1,5 % sur un an. Si certains indicateurs du logement se redressent, la Capeb estime désormais que la reprise espérée en début d’année est compromise. À moins d’un an de l’élection présidentielle, Jean-Christophe Repon appelle à un « plan de sauvegarde » et fixe plusieurs priorités : rénovation, accès au marché, transmission et apprentissage.
Une conjoncture très dégradée, malgré quelques signaux
La rentrée ne marque pas encore le retournement espéré par les entreprises artisanales du bâtiment. Au deuxième trimestre 2026, leur activité recule de 1,5 % sur un an. Le neuf comme l’entretien-amélioration sont orientés à la baisse, tandis que l’activité de rénovation énergétique stabilise son recul. Pour la Capeb, ce dernier point constitue un signal encourageant, mais encore trop faible pour parler de reprise.
Le contexte macroéconomique continue de peser sur les ménages comme sur les entreprises. L’inflation atteint 2,1 % en juillet, notamment sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. Les crédits à l’habitat restent stables, mais avec un taux moyen qui atteint 3,27 % en juin. La confiance des ménages demeure, elle, à un niveau bas.
À cette situation s’est ajouté le choc sur les prix des carburants et des matériaux au deuxième trimestre. Les hausses ont touché en premier lieu les produits dérivés du pétrole – bitume, PVC, isolants –, mais aussi plus largement les matériaux et les coûts logistiques. Les entreprises ont été confrontées à ces augmentations alors qu’elles ne pouvaient pas toujours les répercuter immédiatement.
Conséquence : les tensions sur les trésoreries se renforcent. Le solde d’opinion sur les besoins de trésorerie atteint -32 points, tandis que le besoin moyen s’élève à 22 000 euros.
« Treize trimestres de baisse consécutive, c’est du jamais-vu. Et surtout, nous avons aujourd’hui le sentiment de ne pas voir de chemin de sortie. Le moral est atteint, avec un véritable sentiment d’usure chez nos chefs d’entreprise. Les hausses de prix des fournisseurs ont été vécues brutalement, avec un sentiment d’injustice. »
L’emploi traduit cette fragilité persistante : 12 000 emplois salariés ont encore disparu sur un an dans les entreprises artisanales du bâtiment. Seules 9 % des entreprises ont cherché à recruter au deuxième trimestre. La Capeb relève néanmoins un premier signe positif dans les intentions : pour la première fois depuis 2024, les entreprises envisageant de recruter sont plus nombreuses que celles prévoyant des licenciements ou des non-renouvellements de contrats.
Le logement apporte quelques motifs d’espoir. Sur douze mois à juillet, les autorisations de construire progressent de 5,8 % et les mises en chantier de 17,8 %. Les transactions dans l’ancien remontent également progressivement. Mais cette amélioration des indicateurs du logement ne s’est pas encore traduite dans l’activité des artisans.
Les carnets de commandes restent toutefois à 80 jours, un niveau qui apporte un peu de visibilité aux entreprises, même s’il recule d’un jour pour celles de moins de dix salariés.
Le changement climatique n'est plus contestable
À ces difficultés économiques s’ajoute désormais une contrainte très concrète : les aléas climatiques. « Le bilan de cet été nous incite à ne plus contester le changement climatique. Les conditions météorologiques ont entraîné du travail partiel et des arrêts de travail dans les entreprises. Cela renforce la nécessité de travailler sur le confort d’été et l’isolation, qui sont déjà des combats de la Capeb. », réaffirme Jean-Christophe Repon.
L’enquête menée par la Capeb en mai-juin montre que la chaleur et les canicules sont l’aléa le plus fréquemment cité par les entreprises. Près de sept sur dix constatent une augmentation de la fréquence des aléas climatiques sur leur territoire depuis cinq ans. Leurs effets portent surtout sur l’organisation des chantiers et les conditions de travail : retards, horaires décalés, fatigue, stress ou difficultés de mise en œuvre.
Pour la Capeb, le sujet climatique ne peut donc plus être dissocié de la politique du logement. L’organisation critique d’autant plus vivement la suppression du parcours par geste pour certains travaux d’isolation et de ventilation, intervenue alors que les épisodes de chaleur se multiplient. Elle y voit un « contresens climatique, sanitaire et économique ».
L'artisanat doit peser sur les programmes des candidats
Cette dégradation conduit la Capeb à revoir son scénario pour 2026. En début d’année, elle anticipait encore une évolution du volume d’activité comprise entre -0,5 % et +0,5 %. Elle considère désormais cette hypothèse comme trop optimiste.
Jean-Christophe Repon appelle donc à changer de braquet. « Nous attendons aujourd’hui un plan de sauvegarde. Nous parlons de rénovation par étape, de sobriété, pas seulement de décarbonation. Bien sûr, nous faisons partie de l’équipe de France de l’électrification, mais la climatisation ne peut pas être la seule réponse. »
La CAPEB demande en premier lieu au gouvernement de repenser le dispositif de rénovation, avec une approche davantage fondée sur les parcours par étapes. Elle défend également le maintien des CEE et souhaite renforcer les solutions de financement. Elle travaille déjà avec des partenaires bancaires sur des prêts affectés permettant de financer les travaux.
L’organisation entend aussi remettre sur la table la question des équipements de chauffage. « Une question n’est plus posée au gouvernement : celle des bouilloires thermiques qui ont été remises sur le marché. Aujourd’hui, nous ne voyons pas de vision stratégique. »
Autre priorité : l’accès au marché, que la Capeb place désormais au premier rang de ses revendications. « Nous sommes pris entre deux menaces : un marché qui veut se concentrer et un marché qui se libéralise. L’artisanat est pris entre les deux. L’accès au marché, au sens large, est donc notre priorité. », rappelle le président.
Cette question recouvre notamment la capacité des entreprises artisanales à accéder aux marchés, mais aussi les conditions de leur développement. La transmission des entreprises constitue le deuxième axe identifié par la Capeb, avec l’apprentissage comme levier essentiel.
L'organisation souhaite par ailleurs que le futur projet de loi Logement intègre davantage l’entretien-rénovation. Sur les prix des matériaux, elle réclame moins une intervention sur les prix qu’une plus grande transparence. Une enquête de l’Autorité de la concurrence est actuellement en cours sur le secteur.
« Nous voulons simplement de la sincérité et de la confiance. Nous avons toujours défendu un observatoire pour apporter de la clarté sur les coûts. Nous ne mettons personne en accusation. »
Enfin, la Capeb lance une consultation auprès de ses adhérents afin de construire ses revendications et de préparer les échanges avec les candidats à l’élection présidentielle de 2027. Une démarche qui donne à cette rentrée une dimension clairement politique : après treize trimestres de recul, l'organisation entend faire de la sauvegarde de l'artisanat et de sa place dans le marché du bâtiment un sujet de campagne.
Deux combats qui seront largement mis en valeur sur son stand lors de Batimat fin septembre, et lors de la grande soirée organisée le 29 septembre pour célébrer ses 80 ans.