Vagues de chaleur : ce que le nouveau plan gouvernemental change pour le Bâtiment
Face à la multiplication des épisodes caniculaires, le Gouvernement dévoile un plan d’action visant à renforcer « l’endurance du pays aux vagues de chaleur ». Si le dispositif comporte un important volet consacré à l’aménagement urbain, plusieurs mesures concernent directement la filière bâtiment, la rénovation énergétique et les équipements de rafraîchissement.
La chaleur devient en effet un enjeu structurel. La France a connu quatre fois plus de jours de canicule au cours de la dernière décennie que dans les années 1980, tandis qu’un tiers des logements sont aujourd’hui considérés comme des « bouilloires thermiques ». Dans ce contexte, l’État souhaite faire évoluer les pratiques de conception, de rénovation et d’exploitation des bâtiments.
Priorité aux solutions passives
Premier axe : privilégier les solutions passives. Le Gouvernement rappelle qu’une baie vitrée exposée au soleil peut produire autant de chaleur qu’un radiateur en fonctionnement. Les protections solaires extérieures, l’isolation, l’inertie thermique, la ventilation nocturne ou encore les brasseurs d’air sont ainsi présentés comme les leviers les plus efficaces pour limiter la surchauffe estivale.
Selon les données du dossier, une bonne gestion des occultations peut réduire l’inconfort thermique de 30 à 50 %, tandis qu’une isolation adaptée permettrait de le diminuer de 20 à 50 %. Assurer une ventilation efficace permettrait également de réduire l’inconfort de 33 à 50 %.
Pour accélérer leur déploiement, ces équipements bénéficient déjà de plusieurs dispositifs de soutien. Les protections solaires et les brasseurs d’air sont éligibles à MaPrimeRénov’ dans le cadre des rénovations d’ampleur et bénéficient depuis 2025 d’une TVA réduite à 5,5 %. Le Gouvernement prévoit également de renforcer l’accompagnement des ménages via le réseau France Rénov’ et les Mon Accompagnateur Rénov’.
Copropriétés, logement social et bâtiments publics mobilisés
Les copropriétés pourraient aussi voir les règles s’assouplir. L’installation de protections solaires pourrait désormais être votée à la majorité simple et être intégrée aux dispositifs de prêt collectif. Côté logement social, les bailleurs devront recenser les logements dépourvus d’occultation des baies vitrées et intégrer davantage la problématique du confort d’été dans leurs programmes de rénovation.
Les bâtiments publics et scolaires constituent un autre chantier prioritaire. Depuis 2025, l’accès au Fonds vert pour les opérations de rénovation est conditionné à la prise en compte du risque de surchauffe. Plus de 1 230 projets ont déjà été soutenus pour 208 M€ de subventions, générant près de 1,55 Md€ de travaux.
Le programme ÉduRénov est également renforcé avec de nouveaux diagnostics dédiés au confort d’été, des études de végétalisation des cours d’école et un objectif de 15 000 bâtiments accompagnés d’ici 2028. Le Gouvernement étudiera par ailleurs la possibilité d'imposer la présence d'une pièce rafraîchie dans les établissements scolaires.
Vers une évolution de la RE2020
Le plan ouvre également plusieurs perspectives réglementaires pour la filière. Un guide consacré à la réhabilitation énergétique du bâti patrimonial sera publié début juillet 2026 afin de faciliter l’intégration de protections solaires tout en préservant la qualité architecturale des bâtiments concernés.
Surtout, la réglementation environnementale RE2020 pourrait évoluer. Une concertation sera lancée avec les professionnels dès cet été afin d’aligner les exigences de confort d’été sur les nouvelles trajectoires climatiques de référence, avec un décret annoncé avant le 1er janvier 2027.
En parallèle, le Gouvernement souhaite développer les solutions de rafraîchissement performantes. Les réseaux de froid, dont la capacité doit doubler d’ici 2030, bénéficient désormais d’un taux de TVA réduit à 5,5 %. Les pompes à chaleur réversibles sont également mises en avant, avec l’annonce prochaine d’une TVA à taux réduit pour les PAC air-air les plus performantes.
Pour les acteurs du bâtiment, le signal est clair : après l'urgence de la rénovation énergétique hivernale, le confort d’été s’impose progressivement comme un nouveau critère de performance des bâtiments, appelé à peser davantage dans les projets de construction comme de rénovation.
Rafraîchir la ville : un marché en plein essor
Le constat : jusqu’à +10 °C dans les îlots de chaleur urbains par rapport aux zones environnantes.
• Objectif des collectivités : végétaliser, désimperméabiliser les sols et réintroduire l’eau en ville à chaque opération d’aménagement.
• 223 M€ du Fonds vert mobilisés en deux ans pour financer des projets de renaturation.
• Près de 1 100 hectares renaturés (cours d’école, forêts urbaines, réouverture de cours d’eau, espaces ombragés).
• Des projets bénéficiant à 6,4 millions d’habitants.
• Nouvelle ambition : 1 000 hectares de renaturation par an, avec priorité aux écoles, aux seniors et aux populations vulnérables.
• Pour les entreprises : opportunités dans la végétalisation urbaine, les revêtements perméables, la gestion des eaux pluviales, la renaturation et l’aménagement résilient.
• Le futur ANRU 3 intégrera un volet dédié à l’adaptation des quartiers prioritaires aux fortes chaleurs : végétalisation, lutte contre la surchauffe urbaine et transformation des espaces publics.