[Terres excavées] Point.P creuse son sillon pour assurer le confort thermique des bâtiments
VALORISATION DES DÉCHETS • Depuis près d’un an, l’enseigne multispécialiste de Saint-Gobain Distribution Bâtiment France a lancé la production de sa nouvelle offre Terlian Carreaux en Loire-Atlantique : un complément d’isolation à base de terre excavée. Environ 200 chantiers ont déjà intégré cette solution passive. Ambition de Point.P ? Approvisionner 5 000 chantiers d’ici à 2030.
Installée à mi-chemin entre Nantes et Angers, l’usine d’Ancenis-Saint-Géréon (Loire-Atlantique) va-t-elle devenir l’une des nouvelles “terres saintesˮ de Point.P pour ses systèmes constructifs à base de terres d’excavation ?
D’entrée de jeu, Nicolas Godet, la directeur général de l’enseigne, annonce son ambition de « développer à grande échelle l’industrialisation de la construction en terre avec l’offre Terlian Carreaux » : une solution de cloisons et doublages intérieurs – l’un des quatre systèmes constructifs de la gamme Terlian (voir encadré ci-dessous) destinés tant au marché du neuf qu’à la rénovation pour la maison individuelle, le logement collectif et le petit tertiaire.
Fruit de plus de deux ans de travaux menés avec le centre de R&D de Saint-Gobain à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), cette technologie dite “soft techˮ repose sur l’association de terres d’excavation « sélectionnées, stabilisées et calibrées » issues essentiellement de la déconstruction, de fibres d’origine végétale (bois ou chanvre) et d’un liant minéral dit “bas-carbone”. Elle ne nécessite aucune cuisson sur les lignes de production.
Sans dévoiler la recette exacte de Terlian Carreaux (sous ATEx du CSTB), « ces trois ingrédients sont issus à plus de 90 % de matériaux biosourcés, géosourcés ou recyclés dont plus de 75 % de terre issue de travaux de terrassement ou de déconstruction ; le liant minéral affichant une empreinte carbone deux fois moins élevée [de l’ordre de ±250 kg de CO2 par tonne : Ndlr] que pour un ciment classique », détaille le n°1 de Point.P.
Les 3 autres solutions Terlian
Toute la gamme Terlian est compatible avec la RE 2020 et a été certifiée par le CSTB. Elle s’utilise tant en construction neuve qu’en rénovation.
• Terlian Mur Préfa Bois : murs hybrides préfabriqués alliant structure bois et remplissage en terre, adaptés à tous types de bâtiments « jusqu’à 27 m de hauteur ».
• Terlian Mur Confort 4S+ : projection intérieure de terre sur murs à ossature bois.
• Terlian Système Paille : corps d’enduit à base de terre projetée sur structure bois avec isolant paille. Conforme aux règles de la construction en paille.
Carreaux et circularité
« Tous les ans, près 115 millions de tonnes de terres sont excavées en France dont environ 30 millions de tonnes ne sont pas exploitées aujourd’hui », rappelle-t-on chez Point.P. Selon une analyse de la FNTP (Fédération nationale des travaux publics) et publiée en septembre 2025, « on estime à plus de 180 millions de tonnes la quantité de terres excavées non valorisées annuellement en France, et leur transport par camion à l’origine d’un part importante des émissions de gaz à effet de serre du secteur ».
Quoi qu’il en soit, « la technologie Terlian garantit des performances thermiques été comme hiver, y compris lors des pics de chaleur amenés à se généraliser à un rythme de plus en plus fréquent. En outre, la terre est un matériau inerte et bénéficiant d’un fort déphasage thermique – ce qui lui assure aussi une fonction de régulateur hygrométrique naturel », argumente-t-on chez Point.P.
Selon Nicolas Godet, la solution jugée « compatible avec la RE 2020 » ne présenterait donc « que des avantages tant sur le plan de la préservation des ressources que sur le plan économique et technique ». Avec « une économie de l’ordre de 30 % en moyenne » sur les besoins de chauffage l’hiver et de climatisation l’été, évalue le distributeur.
Selon Point.P, plus de 200 chantiers ont utilisé les solutions Terlian depuis 2024 : ce qui représente environ 6 000 t. de terre excavée valorisée pour 65 000 m2 de murs préfabriqués. Objectifs : 500 chantiers par an à brève échéance, et 5 000 par an d’ici à 2030.
Jusqu’à 500 000 m² produits par an
Fort de ces arguments, l’enseigne phare de Saint-Gobain a engagé depuis juillet 2025 la phase de production de Terlian Carreaux sur son site d’Ancenis où elle y produisait jusqu’à présent des blocs béton, dallages et pavages. S’il n’a pas été nécessaire de modifier la chaîne de fabrication, l’enseigne a toutefois investi notamment dans un nouveau robot et une solution d’emballage des palettes plus adaptés.
Répondant à la règlementation relative aux installations de stockage de déchets inertes (ISDI)*, l’usine d’Ancenis – la première que Point.P dédie à près de 100 % à Terlian Carreaux – produit aujourd’hui environ 120 000 m2 de carreaux par an pour une capacité nominale annoncée « jusqu’à 500 000 m2 ».
Actuellement, six opérateurs interviennent dans ce site automatisé. Des recrutements devraient suivre pour faire face à « une hausse attendue de l’activité ». D’ailleurs lorsque le site d’Ancenis arrivera à saturation, l’enseigne qui s’appuie aujourd’hui sur dix-sept usines (blocs béton, BPE, dallages…) pourrait, à terme, ouvrir une unité de production « dans le sud de la France » en organisant une filière locale pour s’approvisionner en terres d’excavation.
* Les ISDI doivent faire l’objet d’une autorisation préfectorale depuis mars 2006.
« Avec l’industrialisation de la construction en terre, il est désormais possible de bâtir autrement, en combinant circularité et maximisation du confort thermique et hygrométrique. Terlian Carreaux n’est pas un produit, mais une solution contre les bouilloires et les passoires thermiques. »
Nicolas Godet, directeur général de Point.P
Partenariat commercial avec Trecobat
Autre intérêt de Terlian Carreaux ? « Il ne modifie en rien la technique de pose pour les maçons puisqu’il se met en œuvre comme un carreau de plâtre traditionnel », d’après Point.P qui bénéficie d’ores et déjà d’un premier débouché commercial auprès du groupe breton Trecobat.
À l’issue de trois ans de discussion avec l’enseigne, le n°3 tricolore de la construction de maisons individuelles qui entend se développer sur le marché du hors-site en ossature bois, a dans son viseur la réalisation de 100 logements individuels et collectifs intégrant des carreaux Terlian en préfabrication.
« L’innovation Terlian répond à l’exigence de confort en toutes saisons, et cadre avec le processus de préfabrication industrielle pour une parfaite intégration en amont du chantier. Cette solution est susceptible d’intéresser aussi les bailleurs sociaux, et nous envisageons par ailleurs des développements à destination du tertiaire », prévient Régis Croguennoc, le directeur technique chez Trecobat.
« Cette bascule de la technologie Terlian vers la préfabrication devrait nous permettre de répondre à toutes les demandes », estime Nicolas Godet. L’opportunité également de ne pas voir le secteur du hors-site échappée en partie au distributeur multispécialiste…
Lever les freins culturels
Autre utilisation moins conventionnelle ? Sur l’un de ses chantiers à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Eiffage a intégré la solution Terlian Mur 2D pour concevoir une base-vie. « C’est un laboratoire in vivo pour démontrer que ce mode constructif peut avoir des applications quasiment illimitées », confie Nicolas Godet.
Pour l’heure, Point.P a déployé dans chacune de ses onze régions un “référent Terlian” pour « assurer à 100 % la prescription » de la gamme en s’appuyant sur le bureau d’études Opti+ de Point.P – dont 340 agences sur un réseau d’environ 1 000 points de vente stockent les gammes Terlian – et l’enseigne sœur Cédéo.
Quoi qu’il en soit, Katie Cotellon, la responsable du design et de l’expérience utilisateur chez Saint-Gobain Research Paris, rappelle l’enjeu : « Il importe de rendre le recours à la terre excavée comme une évidence dans l’architecture contemporaine ». Et de poursuivre : « Il faut lever les freins psychologiques et culturels pour remettre au goût du jour ce matériau ancestral en raison de ses caractéristiques intrinsèques qui garantissent la performance énergétique d’un bâtiment ».
Terres excavées • Grand Paris Express, le cas d’école
En Île-de-France, le BTP produit environ 30 millions de tonnes de déchets par an, comprenant 20 millions de tonnes de déchets inertes, dont 15 millions de tonnes de terres excavées selon l’Observatoire régional des déchets (ORDIF, in Atlas des installations de retraitement des déchets non dangereux en Île- de-France).
Ces volumes devraient considérablement s’accroître. Selon les estimations de l’ORDIF, les travaux du Grand Paris Express devraient générer 45 millions de tonnes de terres d’excavation entre 2020 et 2030.
Le volume global de déblais généré par l’ensemble des constructions et aménagements du Grand Paris est, quant à lui, évalué à environ 500 millions de tonnes d’ici à 2030.
(Source : INEC, Institut national de l’économie circulaire)