Uniclima plaide pour une transition énergétique du bâtiment moins cloisonnée

, mis à jour le 15/10/2026 à 10h20
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À l'occasion d'Interclima, le syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques a dévoilé neuf propositions pour le prochain quinquennat. Il défend une approche pragmatique de la décarbonation, intégrant l'ensemble des solutions techniques, l'adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs et la qualité de l'air intérieur. Avec une exigence transversale : donner de la visibilité aux industriels et renforcer la production française et européenne.

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Changer de méthode plutôt que multiplier les injonctions : c’est le message porté par Uniclima à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Le syndicat professionnel entend replacer le bâtiment au cœur de la stratégie énergétique du prochain quinquennat, en articulant trois objectifs : réduire les émissions de carbone, adapter les bâtiments au changement climatique et améliorer la qualité de l’air intérieur.

Pour justifier cette ambition, l’organisation rappelle l’ampleur du chantier. La France compte environ 37 millions de logements, dont plus de la moitié ont été construits avant 1975. À cela s’ajoutent près d’un milliard de mètres carrés de bâtiments tertiaires et entre 60 000 et 80 000 sites de production industriels. Autant de situations qui, selon Uniclima, appellent des réponses techniques différenciées plutôt qu’une stratégie uniforme.

« Nous appelons à faire du bâtiment une priorité du prochain quinquennat, en conciliant décarbonation, confort et santé. Pour accélérer la transition, il faut des politiques publiques stables, adaptées aux réalités du terrain. Nos neuf propositions visent à faire de la transition énergétique un levier de souveraineté et d’emplois », plaide Stanislas Lacroix, président du syndicat.

Décarboner sans opposer les technologies

Premier axe du manifeste : sortir d’une logique du « tout ou rien » dans la décarbonation du bâtiment. Pour Uniclima, l’hétérogénéité du parc immobilier français, les contraintes propres à chaque bâtiment et la diversité des usages rendent illusoire la recherche d’une solution unique.

Le syndicat défend ainsi une approche ouverte aux différentes technologies, évaluées au regard de leurs résultats réels en matière de réduction des émissions de carbone. Pompes à chaleur, systèmes hybrides, chaudières biomasse ou fonctionnant avec des biocombustibles doivent pouvoir être mobilisés et combinés selon les besoins. La ventilation, la production d’eau chaude sanitaire et le rafraîchissement font également partie de cette approche globale.

Derrière cette position, Uniclima milite pour une meilleure complémentarité des équipements plutôt que pour leur mise en concurrence. Une orientation qui suppose de tenir compte des caractéristiques du bâti existant, mais aussi des conditions d’installation et d’exploitation des systèmes.

Le confort d’été, nouvelle priorité sanitaire

Deuxième enjeu : anticiper les conséquences des épisodes de chaleur extrême. Pour Uniclima, le confort d’été ne peut plus être considéré comme une question secondaire face aux objectifs de rénovation énergétique. Il relève désormais de l’adaptation climatique et de la santé publique.

Les bâtiments accueillant les populations les plus vulnérables doivent être traités en priorité : hôpitaux, établissements de santé, Ehpad, écoles et crèches. Le syndicat appelle à y accélérer le déploiement de solutions de rafraîchissement performantes, notamment les pompes à chaleur réversibles.

Ces équipements sont à envisager en complément des solutions passives, des systèmes hybrides et du pilotage intelligent. L’objectif est de mieux maîtriser les températures intérieures, sans réduire la réponse aux fortes chaleurs à la seule installation de systèmes actifs.

La ventilation au service de la santé publique

Troisième proposition : faire de la qualité de l’air intérieur un pilier des politiques de santé publique. Uniclima souhaite que les performances des bâtiments ne soient plus appréciées uniquement au regard de leur consommation énergétique, mais également de la qualité de l’air respiré par leurs occupants.

Le syndicat préconise des exigences mesurables portant notamment sur les concentrations de CO₂, le renouvellement de l’air et la maîtrise de l’humidité. Il demande aussi que le contrôle des performances s’inscrive dans la durée, grâce à des obligations de maintenance et de suivi, au-delà de la seule vérification à l’installation.

Cette approche entend renforcer la place de la ventilation mécanique dans les stratégies de rénovation et de performance des bâtiments. Elle implique également de considérer le fonctionnement réel des équipements et leur entretien comme des composantes à part entière de la qualité du bâtiment.

Des règles stables pour soutenir les investissements

Au-delà de ces trois priorités techniques, Uniclima identifie un préalable à la réussite de la transition : la stabilité des politiques publiques. Les modifications fréquentes des aides et des critères d’éligibilité compliquent, selon le syndicat, les décisions des ménages et des gestionnaires de bâtiments, tout en fragilisant la visibilité des industriels.

L’organisation propose donc une loi de programmation sur cinq ans, destinée à fixer durablement les niveaux de soutien et les conditions d’accès aux dispositifs. Elle demande qu'aucune modification ne soit introduite en cours d’année et que toute évolution soit annoncée avec un préavis d’au moins douze mois.

Autre mesure avancée : la création d’un simulateur public opposable. Celui-ci permettrait aux ménages et aux gestionnaires de sécuriser leur plan de financement avant d’engager des travaux.

Réindustrialiser la filière du génie climatique

Le manifeste porte enfin une dimension industrielle. Uniclima rappelle que le secteur s’appuie sur des sites de production, des centres de recherche, des bureaux d’études et des entreprises de maintenance, répartis sur l’ensemble du territoire. L’organisation représente 69 sociétés ou groupes et 92 marques, avec 87 usines et 57 centres de recherche et développement. Elle revendique 23 500 emplois en France.

Pour consolider cet écosystème, le syndicat avance deux leviers. Le premier consiste à introduire une préférence européenne dans les dispositifs de soutien existants, au moyen de bonifications ou de critères favorisant les équipements produits en Europe. Des critères carbone prenant en compte la fabrication et le transport viendraient compléter ce dispositif.

Le second repose sur un plan industriel dédié au génie climatique. Celui-ci viserait à accompagner les nouvelles capacités de production, à simplifier les procédures administratives, à soutenir les investissements dans les filières stratégiques et à sécuriser les chaînes d’approvisionnement.

À travers ces propositions, Uniclima entend faire de la transition énergétique un instrument de réindustrialisation et de souveraineté, au-delà de la seule réduction des consommations et des émissions.

Le syndicat appelle désormais les candidats à la présidentielle et les parlementaires à s’emparer de ses propositions. Il souhaite ouvrir un dialogue avec les responsables politiques et les acteurs de la filière pour inscrire la transformation du bâtiment dans une trajectoire de long terme. Reste à savoir dans quelle mesure ces orientations seront reprises dans les programmes présidentiels, notamment sur les arbitrages entre technologies, la stabilité des aides et les critères de soutien à la production européenne.

Rédacteur en chef de Zepros Énergie et Zepros Réno, expert de la transition énergétique dans le bâtiment.
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