« Nous voulons construire le Orange ou le Vodafone de la recharge »
Cofondateur de Zeplug puis de ChargeGuru, Nicolas Banchet accompagne depuis plusieurs années la structuration du marché de la recharge des véhicules électriques. Les deux sociétés, juridiquement fusionnées fin 2023, franchissent une nouvelle étape avec le lancement de Tohmo, leur nouvelle marque chapeau. Modèle économique, réseau d'installateurs, copropriété, recharge intelligente, photovoltaïque, constructeurs automobiles… Nicolas Banchet détaille la stratégie du nouvel ensemble.
Zeplug et ChargeGuru avaient des positionnements complémentaires. Zeplug se concentrait notamment sur les copropriétés, les immeubles de bureaux et les solutions de recharge à domicile pour les flottes d'entreprises, avec un modèle d'investisseur : nous finançons l'infrastructure et vendons la recharge comme un service.
ChargeGuru est de son côté une plateforme d'installation. Nous agrégeons des installateurs et prenons en charge tout ce qui se situe autour de l'installation : génération de clients, gestion de projet, tarification, achat du matériel… Cela permet à l'électricien de se concentrer sur son cœur de métier.
Nous avons fusionné juridiquement les deux sociétés fin 2023, puis progressivement les outils, les offres et les équipes. Aujourd'hui, la coexistence de deux marques n'avait plus vraiment de réalité en interne. Nous sommes une seule équipe : il était donc logique de passer sous une même marque.
« Nous sommes une seule équipe : il était logique de passer sous une même marque. »
Nous voulions embarquer tout le monde dans un nouveau projet et laisser derrière nous les « anciens » de Zeplug et les « anciens » de ChargeGuru. Il s'agissait aussi de projeter davantage de maturité. Ces deux noms correspondaient bien à des startups lorsqu'elles ont été créées. Aujourd'hui, nous avons une position de leader de la recharge privée que nous continuons à construire. Tohmo est officiel depuis ce 1er octobre 2026.
Nous nous définissons comme un opérateur de recharge privée, pour les particuliers et les entreprises, par opposition à la recharge publique que l'on trouve notamment sur les routes et autoroutes. Notre ambition est de construire ce que je décris parfois aux équipes comme « le Orange ou le Vodafone de la recharge ». Nous exploitons un réseau d'infrastructures et nous sommes dans le service. Notre responsabilité est donc de faire en sorte que la recharge fonctionne tous les jours.
Il y a tout un travail en amont – calcul, dimensionnement, installation –, puis la maintenance et l'exploitation. Tout cela doit finalement être invisible pour le client. Il doit pouvoir brancher sa voiture et être certain qu'elle sera rechargée quand il en aura besoin.
C'est effectivement un segment historique et très important. Nous travaillons énormément avec les syndics et, plus largement, avec le monde de l'immobilier. Notre objectif est de leur faciliter la tâche. Nous inscrivons la résolution à l'ordre du jour de l'assemblée générale, puis, une fois la solution votée, nous nous occupons de tout. Pour les demandes ultérieures, les copropriétaires souscrivent directement leur abonnement et le syndic n'a plus à intervenir.
C'est un élément clé de notre croissance. Le droit à la prise existe, mais lorsque les demandes se multiplient, l'infrastructure d'un immeuble n'est plus forcément dimensionnée pour y répondre. Il faut donc anticiper cette montée en puissance.
« Nous ne sommes pas là pour vendre de l’infrastructure, nous vendons un service de recharge. »
Nous travaillons avec plus d'une centaine de sociétés en France. Leur taille est très variable : certaines petites structures interviennent notamment chez les particuliers, tandis que d'autres partenaires comptent plusieurs dizaines de salariés, voire plusieurs milliers pour certains grands électriciens disposant de capacités importantes en maintenance.
Nous recevons beaucoup de sollicitations de la part d'installateurs. Mais intégrer un nouveau partenaire prend du temps : il faut le qualifier, le tester, commencer par des installations simples puis augmenter progressivement la complexité. Nous cherchons aussi à faire grandir nos partenaires avec nous. Certains travaillaient avec nous dès le départ lorsqu'ils étaient cinq et en comptent aujourd'hui 50. C'est intéressant pour nous comme pour eux.
Nous sommes environ 400 personnes – 300 en France et une centaine à l'international. En France, nous avons une quinzaine d'implantations. C'est important dans un métier comme le nôtre, qui nécessite de la proximité avec les syndics, les gestionnaires et les acteurs locaux. Même si nous ne sommes pas nous-mêmes exclusivement des électriciens, nous travaillons au quotidien avec ce réseau d'entreprises qui déploie nos infrastructures.
« La recharge lente est beaucoup plus facile à intégrer pour notre réseau électrique. »
Nous avons des interfaces pour les particuliers comme pour les entreprises. Un particulier peut suivre sa consommation, ses factures et gérer sa borne. Il peut notamment choisir de recharger uniquement pendant les heures creuses. Environ 90 % de nos clients le font. Aujourd'hui, le prix du kilowattheure en heures creuses s'élève à à 16 centimes, contre 26 centimes en heures pleines. La borne peut donc être paramétrée pour que le véhicule commence automatiquement à charger lorsque les heures creuses démarrent. L'idée est que la recharge s'intègre dans la routine du client. Il arrive chez lui, branche son véhicule et n'a plus à s'en préoccuper.
Absolument ! La recharge lente à domicile ou sur le lieu de travail est beaucoup plus facile à intégrer au réseau que la recharge rapide. Et plus on est capable de déplacer la consommation vers les moments où l'électricité est disponible et moins chère, plus c'est intéressant. À partir de l'année prochaine, il y aura notamment des heures creuses en journée, au moment où l'on rencontre parfois des prix négatifs de l'électricité. Cela va créer une incitation supplémentaire à déplacer la recharge vers ces périodes. Nous défendons d'ailleurs, avec les organisations professionnelles, une meilleure différenciation des prix entre heures pleines et heures creuses afin qu'ils reflètent davantage les coûts de production.
Nous travaillons sur le photovoltaïque. Chez les particuliers, il existe des solutions assez simples permettant d'interconnecter panneaux solaires et borne de recharge. Nous développons également des projets tertiaires avec des développeurs solaires, notamment pour des centres commerciaux. Le stockage se développe surtout aujourd'hui en B2B. Chez les particuliers, l'équation économique est moins évidente à ce stade. Quant au V2G, qui permet de réinjecter l'électricité stockée dans les batteries des véhicules vers le réseau, c'est un sujet sur lequel nous sommes très actifs. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de faire des annonces prochainement...
L'objectif est d'être présent au moment de la vente du véhicule électrique pour que la recharge ne soit pas un problème. Il y a quelques années, un client arrivant en concession en expliquant qu'il vivait en copropriété pouvait facilement se retrouver sans réponse. Cela pouvait devenir un frein à l'achat d'un véhicule électrique. Nous travaillons aujourd'hui avec quasiment toutes les grandes marques : Renault, Stellantis, BMW, Volvo, Volkswagen ou encore Porsche. Nous formons les vendeurs, participons à des événements en concession et sommes également présents sur les parcours digitaux. Chez BMW, par exemple, lorsqu'un client configure un véhicule électrique sur le site de la marque, une solution de recharge à domicile ou en copropriété peut lui être proposée directement avec le véhicule. Avec Tohmo, cette expérience sera demain encore plus simple puisqu'elle reposera sur une seule marque.
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