Les matériaux de l’espace descendent sur Terre
Les isolants sous vide par exemple, qui présentent des performances de premier ordre, pourraient prendre une importance dans les chantiers d’isolation par l’intérieur (ITI) pour les biens immobiliers où l’isolation par l’extérieur (ITE) est impossible ou trop complexe et où la perte de surface habitable doit être minimale. Ces produits, encore chers, sont aujourd’hui disponibles chez Actis, Isover ou Siniat. Mais ils restent encore confidentiels en raison d’un déficit d’image chez les applicateurs et prescripteurs. Encore plus avant-gardistes, les aérogels de silice sont également prometteurs, puisqu’ils pourraient être intégrés à différents produits de la construction (peintures, enduits, poudres de remplissage des espaces vides...). L’Ademe évoque les projets Homeskin, Aerocoins, Hipin, Wall-ace, Foam-Build... L’entreprise française Enersens par exemple est impliquée dans plusieurs d’entre eux pour parvenir à mettre au point des panneaux et matelas d’isolation et des granulés translucides qui pourraient être insérés dans des vitrages. De son côté, Fixit propose un enduit qui intègre ces aérogels, tout comme Parex qui travaille également sur un mortier composite.
Le biosourcé aura la cote et le monde du bâtiment se tournera vers les végétaux (paille de riz, tige de tournesol, mycélium) pour obtenir des isolants écoresponsables. L’Ademe note que Soprema et le FCBA participent au projet Wotim qui vise à développer un panneau à base de cellulose issue de bois ainsi qu’une mousse pulvérisable sur site, tandis que Les Mines Paritech et le Cemef collaborent à Aerowood, reposant également sur un aérogel issu de composants du bois. Le recyclage permettra aux isolants traditionnels de perdurer tout en réduisant leur impact environnemental. Ils incorporeront davantage de matières premières recyclées (textile comme Le Relais Metisse, ou bouteilles en PET comme la société PEG). D’autres industriels se penchent sur la baisse de la conductivité thermique, comme ceux qui participent au projet Foam Build, qui vise à mettre au point un nouveau type de polystyrène expansé dont les cellules seraient de taille nanométrique. Quant au projet Adaptiwall, il doit permettre de rénover les bâtiments au moyen d’un béton léger à nano-additifs, doté de « capacités structurelles (et) d’un nouveau polymère à résistance thermique variable ».
Les matériaux à changement de phase auront également un rôle à jouer dans le confort thermique d’été. Le projet E2vent s’intéresse aux barres HLM pour les équiper de dispositifs de stockage de chaleur couplés à la ventilation double-flux. Des nano-mousses pourraient ainsi capter et conserver des calories grâce à des sels hydratés. Côté qualité de l’air intérieur, certains scientifiques pensent à la photocatalyse des polluants, tandis que d’autres travaillent à des formulations de bétons exotiques, renforcés de textile, moussés, autoclavés ou cellulaires à ultra-hautes performances. Chez Syrthéa, ce sont les relevés 3D de l’existant puis le process logistique, qui permettront d’industrialiser des panneaux intégrant l’isolation, le parement et les menuiseries.