10 millions de PAC en 2030, une panacée ?

Grégoire Noble
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Pompe à chaleur neige

L’association pro-électricité Équilibre des Énergies souhaite que le déploiement des pompes à chaleur se fasse encore plus rapidement qu’aujourd’hui, compte tenu des performances des machines. Elle propose même de tripler le rythme pour parvenir à un marché français de 10 millions d’unités en 2030 et demande au gouvernement un plan de soutien massif, y compris pour les PAC aérothermiques.

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Malgré les difficultés d’approvisionnement en électricité en lien avec celles de l’industrie nucléaire, l’association Equilibre des Energies (EdEn) reste inflexible : les pompes à chaleur sont les plus efficaces par kWh fourni et leur usage doit absolument être encouragé. Brice Lalonde, le président de l’association, déclare : « Non seulement les PAC sont efficaces mais elles permettent la souveraineté industrielle française. Nous demandons au gouvernement de lancer un plan massif pour décarboner, à l’image de la rupture technique importante qui est faite dans le domaine du transport avec les véhicules électriques ». Pour les membres d’EdEn, la PAC est la solution à tous les maux : elle peut se substituer aux chaudières classiques, alimentées en carburants fossiles (fioul, gaz) afin de réduire la dépendance nationale aux hydrocarbures importés. Mais elle peut aussi venir remplacer des convecteurs électriques archaïques, ceci afin de réduire l’appel de puissance sur le réseau.

Pour l’ancien ministre de l’Environnement, des ajustements sont nécessaires, notamment pour soutenir les PAC air-air réversibles pour l’heure écartés de MaPrimeRénov’, ou en adaptant le coefficient d’énergie de l’électricité dans le moteur de calcul des simulations thermiques. Les PAC géothermiques, qui vont puiser les calories dans le sol, et les PAC hybrides qui disposent d’un combustible d’appoint pour les périodes de grand froid, devraient également bénéficier d’un soutien plus important selon lui. En formulant 24 propositions (voir encadré), EdEn avance un grand plan qui vise à équiper 60 % du parc de bâtiments d’ici à 2050 (soit environ 20 millions de logements, contre 2 millions en 2020). Les calculs de l’association donnent le tournis : si la filière des PAC emploie aujourd’hui 45 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 6,2 Mrds €, il serait possible que très rapidement, en 2030, ces nombres soient triplés, avec 135 000 emplois et 18 Mrds € de CA générés. Les spécialistes de l’association écartent d’un revers de main le manque d’efficacité des PAC air-air avec une température extérieure négative, tout comme la pointe de consommation électrique que des millions de machines pourrait entraîner : « Pour la puissance électrique appelée sur le réseau, une étude de RTE montre que le développement des PAC est compatible avec sa stabilité. Et les PAC sont encore efficaces à -7 °C, avec un coefficient de 2 ». Mais les industriels et les installateurs français pourraient-ils suivre un rythme multiplié par deux ou trois ? Rien n’est moins sûr.

Les 24 recommandations d’Équilibre des Énergies

1)    Encourager via les CEE l’installation de systèmes connectés de pilotage des PAC et équipements associés pour permettre une gestion pièce par pièce
2)    Encourager la flexibilité électrique par une tarification étudiée (option Tempo, révision de la part puissance, rémunération…)
3)    Engager le remplacement des anciens convecteurs électriques
4)    Prendre en compte le taux de couverture des besoins thermiques du logement (y compris ECS) par les PAC hybrides
5)    Prendre en compte le taux de couverture potentiel – et non forfaitairement 80 % – de ces PAC hybrides dans le moteur de calcul du DPE
6)    Considérer un taux de couverture de 70 % comme un minima pour apporter des aides (MaPrimeRénov’ et CEE)
7)    Imposer un mode de régulation optimisé orienté vers la réduction des factures
8)    Interdire à partir de 2025 l’installation de chaudières à gaz en remplacement et orienter vers les PAC (100 % électriques ou hybrides) ou le bois énergie
9)    Veiller à la cohérence des objectifs inscrits avec le règlement européen F-Gas qui vise à se détourner des HFC présents dans la grande majorité des PAC
10)    Supprimer la taxe sur ces HFC qui devrait entrer en application au 1er janvier 2023 pour ne pas pénaliser les PAC
11)    Soutenir les formations spécifiques sur les fluides alternatifs (propane) des installateurs et mainteneurs
12)    Changer le coefficient de conversion électrique et adopter la valeur par défaut de l’UE (2,1)
13)    Renforcer l’exigence sur les émissions de CO2 en exploitation des logements RE2020 en 2025 (abaisser le plafond à 230 kgCO2/m²)
14)    Abaisser encore ce plafond en 2030 dans le collectif (160 kgCO2/m²) afin d’atteindre la parité avec l’individuel
15)    Renforcer progressivement l’échelle Climat du DPE
16)    Soutenir des ensembles de travaux en fonction des réels gains d’étiquettes DPE
17)    Accroitre le soutien du petit collectif pour les travaux associant PAC et isolation
18)    Soutenir l’émergence de chaufferies hybrides dans le grand collectif
19)    Instaurer une aide spécifique aux PAC air/air
20)    Revaloriser le montant unitaire du kWh cumac pour mieux soutenir les PAC air/air
21)    Mettre en place un coup de pouce pour le remplacement des convecteurs électriques par des PAC air-air
22)    Rendre éligibles les PAC air-air à la TVA réduite pour l’achat et la pose
23)    Lancer un programme européen pour soutenir l’effort de R&D et la création de nouvelles capacités de production sur le continent
24)    Élaborer un plan de formation de main d’œuvre qualifiée en renforçant le référentiel RGE PAC
 

Grégoire Noble
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