[Zepros Energie] La prochaine Réglementation Environnementale des bâtiments est en cours d’élaboration. Et, contrairement à la RT 2012 actuellement en vigueur, qui favorisait plutôt le gaz, elle semble s’orienter vers l’électricité comme vecteur principal d’énergie dans les constructions neuves. Olivier David, chef de service à la DGEC, a déclaré : « L’électricité est la solution pour pouvoir réussir l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 », écartant de facto le gaz. Ce qui ne manque pas de faire réagir les professionnels de cette filière, dont l’association Coénove, par la voix de son président, Bernard Aulagne : « Nous trouvons inconvenant, si ce n’est choquant, que l’administration choisisse un colloque de l’Union française de l’électricité pour déclarer sa flamme à l’électricité et surtout présente les choses comme une revanche de l’électricité après une RT 2012 qui aurait favorisé le gaz ».
Techniquement, l’association pointe la modification du mode d’équivalence entre les énergies (pour tenir compte des rendements et pertes sur les réseaux) : « la baisse brutale et infondée du coefficient d’énergie primaire de 2,58 à 2,30 au nom d’une spécificité française », serait un « artifice » et non « un argument sérieux ». Coénove avance même que, selon une méthode de calcul européenne cette fois, il faudrait même l’établir à… 2,7 ! Un argument que n’entend évidemment pas la filière électrique, dont une autre association, Equilibre des énergies (Eden), se faisait l’écho en avril dernier : « Le facteur de conversion de l’énergie électrique en énergie primaire est un paramètre important de la politique énergétique. L’UE vient de ramener de 2,5 à 2,1 la valeur par défaut que les Etats doivent utiliser ». Selon EdEn, un coefficient élevé pénaliserait l’électricité et favoriserait les fossiles, dont il est admis qu’il faut sortir.
Autre point de désaccord, le contenu carbone de l’électricité française. Vertueuse selon EDF, elle ne serait pas si décarbonée que cela selon Coénove. La filière gaz réfute la moyenne de 80 grammes de CO2/kWh, en particulier lors des pointes de consommation hivernales qui obligeraient à mobiliser tous les moyens de production « sales », dont le charbon et le fioul, beaucoup plus émetteurs de gaz carbonique que le gaz. Bernard Aulagne n’hésite pas à déclarer : « L’électricité n’a pas le monopole de la décarbonation, nous pensions que l’État aurait une vision plus équilibrée, sans favoriser une énergie par rapport à une autre ». Son association avance toujours un scénario alternatif à la Stratégie Nationale Bas Carbone prévue par le gouvernement, qui ferait une place plus grande aux chaudières hautes performances, en mettant l’accent sur le gaz renouvelable (via la méthanisation).
G.N.