Rénovation énergétique : comment relever le défi des compétences

, mis à jour le 14/10/2026 à 11h33
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Apprentissage pose isolant

Qualification des entreprises, formation continue, coordination des métiers : l’Académie des technologies publie dans son rapport plusieurs mesures pour améliorer la qualité des rénovations et répondre aux besoins de main-d’œuvre. Elle plaide pour une professionnalisation accrue de la filière et une revalorisation des parcours de formation.

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La rénovation énergétique ne pourra changer d’échelle sans une montée en compétences des professionnels. Pour atteindre les objectifs nationaux, il faudrait rénover 550 000 à 600 000 logements par an d’ici à 2030, contre 91 000 rénovations d’ampleur réalisées en 2024. Le secteur devrait également pourvoir 635 000 postes entre 2019 et 2030, dont 170 000 à 250 000 emplois supplémentaires liés à la rénovation énergétique.
Dans son rapport Main-d’œuvre et formation dans le bâtiment, face aux enjeux de la rénovation énergétique, l’Académie des technologies souligne que le défi ne porte pas uniquement sur les effectifs. Environ 70 % des actifs du secteur ne disposeraient pas d’une formation initiale adaptée à leur métier. La qualité des travaux constitue un autre point de vigilance : le coût de la non-qualité est estimé à 5 % du chiffre d’affaires pour les seules reprises directes, et jusqu’à 25 % en intégrant les coûts indirects.

Former à la rénovation globale

Pour l’Académie, une partie des malfaçons provient du manque de coordination entre corps d’état, notamment sur les petits chantiers de rénovation. Elle recommande de développer les entreprises générales capables de piloter des opérations globales, les groupements d’artisans et les modèles d’organisation tels que DOREMI et ORENO.
Le rapport préconise la création d’une formation de chef d’entreprise générale « tous corps d’état » et d’une certification de « coordonnateur en rénovation énergétique TCE », inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Ce dernier serait chargé de coordonner les interfaces entre métiers, de suivre la qualité d’exécution et de vérifier la cohérence technique des travaux.
Pour permettre aux entreprises, notamment aux TPE, de développer ces compétences, l’Académie propose d’adapter les formats de formation : enseignement à distance, modules en soirée ou formation en situation de travail. Elle recommande également d’élargir le programme FEEBAT à l’ensemble des corps de métier et de développer un socle commun portant sur l’efficacité énergétique, la qualité de l’air, la connaissance du bâti existant et les outils numériques.

Mesurer la performance après travaux

La professionnalisation doit aussi s’accompagner d’une évolution du cadre technique et réglementaire. Les documents techniques unifiés (DTU), organisés par corps d’état, ne traitent pas suffisamment les questions de coordination et de performance globale. L’Académie propose de les faire évoluer et de créer une réglementation spécifique à la rénovation, baptisée « RE Rénovation ».
Elle suggère également de conditionner une part significative du paiement final des entreprises à l’atteinte de performances énergétiques mesurées après travaux. Les aides publiques devraient être adaptées à cette logique, sans faire porter le risque financier sur les ménages.
Autre proposition : rétablir une qualification obligatoire, par diplôme ou certification, pour créer ou reprendre une entreprise du bâtiment. Cette exigence avait été supprimée par la loi Pacte de 2019.
Le rapport appelle par ailleurs à soutenir l’innovation pour améliorer la productivité et réduire la pénibilité des chantiers. Robotisation, exosquelettes, BIM, intelligence artificielle et construction hors site figurent parmi les pistes citées. L’Académie propose de lancer un Plan national d’innovation bâtiment, décliné dans les régions sous la forme de chantiers expérimentaux.

Revaloriser les métiers et les parcours professionnels

Pour répondre durablement aux besoins de recrutement, l’Académie veut agir dès l’orientation scolaire. Elle recommande de mieux faire connaître les métiers du bâtiment au primaire et au collège, notamment par des stages et des visites de chantiers, et propose une campagne nationale baptisée « Bâtir Demain ».
Elle préconise aussi un portail unique regroupant les formations, les débouchés, les rémunérations et les perspectives d’emploi. Pour ouvrir de nouvelles perspectives de carrière, elle souhaite développer les passerelles entre la voie professionnelle et l’enseignement supérieur, notamment avec un cursus d’« ingénieur professionnel » accessible par l’apprentissage.
La formation continue et la validation des acquis de l’expérience (VAE) doivent également permettre aux salariés en poste et aux travailleurs en reconversion de faire reconnaître leurs compétences et d’accéder à des qualifications supérieures.
Enfin, le rapport insiste sur les conditions de travail et la féminisation. En 2024, les femmes ne représentaient que 13,3 % des salariés du bâtiment et moins de 2 % des effectifs dans les métiers de production sur les chantiers. L’amélioration des conditions de travail et la réduction de la pénibilité sont présentées comme des leviers d’attractivité.

Pour l’Académie des technologies, la rénovation énergétique doit ainsi devenir un moteur de transformation de la filière : mieux coordonner les entreprises, sécuriser la qualité des travaux et ouvrir des parcours professionnels plus attractifs. L’enjeu est autant technique que social, avec la possibilité de favoriser la mobilité professionnelle des jeunes, des publics fragiles et des salariés en reconversion.

Journaliste depuis plus de 20 ans, Marie-Laure dirige les rédactions du Pôle Bâtiment de Zepros depuis 2014, pilotant contenus et événements autour des enjeux de transition écologique, numérique, réglementaire et d’innovation.
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