REP PMCB : Valobat défend le bilan et pousse pour une refondation ciblée
Alors que la refondation de la REP PMCB est toujours en discussion après l’avis du Conseil d’État, Valobat défend les résultats obtenus en trois ans et plaide pour une différenciation entre filières matures et non matures. Une approche partagée par plusieurs acteurs de la filière, mais contestée notamment par la CAPEB et les associations de collectivités réunies autour d’AMORCE. Au-delà du débat sur le futur dispositif, l’éco-organisme met en avant les volumes collectés, les infrastructures créées et les premières filières industrielles structurées.
Trois ans après son lancement, la REP PMCB entre dans une nouvelle phase. Après avoir installé un réseau de collecte et commencé à structurer les différentes filières de traitement et de recyclage, le dispositif doit maintenant évoluer. C’est tout l’enjeu de la refondation engagée par le Gouvernement, dont le projet a été examiné par le Conseil d’État.
À l’occasion de sa conférence de presse à Batimat, Valobat a choisi de défendre le bilan de ces trois premières années et, surtout, sa vision de la prochaine étape. Son message : la REP a produit des résultats et doit désormais concentrer ses moyens là où ils sont encore nécessaires.
Cette logique de différenciation entre matériaux « matures » et « non matures » figure dans le projet gouvernemental. Elle est également soutenue par plusieurs acteurs de la filière. Mais elle fait débat. La Capeb, notamment, s’oppose à une réforme qui pourrait réduire le service de proximité et faire peser davantage de coûts sur les entreprises artisanales. Amorce et les associations de collectivités ont, elles aussi, contesté le principe consistant à considérer certains flux comme suffisamment matures pour sortir, en tout ou partie, du financement de la REP.
Pour Valobat, le premier enseignement est d’abord opérationnel. En trois ans, 6 600 points de reprise ont été ouverts à l’échelle nationale. Environ un tiers se trouvent dans les réseaux de négoce, soit quelque 2 200 points. L’éco-organisme souligne le rôle joué par les distributeurs dans la mise en place de ce nouveau service de reprise.
Le tri à la source constitue également un acquis important. Valobat estime que ce geste est désormais largement intégré au fonctionnement de la filière et qu’il constitue un maillon déterminant pour la suite.
Sur son propre périmètre, Valobat revendique 100 000 chantiers collectés depuis le lancement de la REP, près de 5 000 points de reprise actifs fin 2025 et près de 1 000 entreprises accompagnées pour la reprise à l’entrepôt, dont de nombreux menuisiers.
L’éco-organisme insiste également sur l’utilisation des éco-contributions. Selon ses chiffres, elles financent à plus de 95 % un service concret : tri, collecte, transport, traitement, sensibilisation, prévention des dépôts sauvages et soutien aux nouveaux débouchés. Les frais fixes représentent moins de 5 % des dépenses.
Trois exemples de structuration de filières
Pour Valobat, le sujet n’est donc plus seulement de collecter davantage. Il faut désormais s’assurer que les déchets collectés disposent d’une véritable chaîne de valorisation.
L’éco-organisme identifie trois conditions pour structurer une filière : le tri à la source, des capacités de préparation et de massification des matières, puis un exutoire industriel. L’objectif est que cette chaîne existe pour chacun des matériaux présents sur les chantiers.
Valobat met en avant trois exemples, correspondant à trois niveaux différents de maturité : le plâtre, les menuiseries vitrées et les membranes bitumineuses.
- Plâtre : la filière a changé d’échelle
Le plâtre est présenté comme une filière désormais mature. La REP aurait permis de massifier les volumes et de donner davantage de visibilité aux industriels.
275 000 tonnes ont été collectées en 2025, soit trois fois plus qu’au début de la REP. Dans le même temps, 200 000 tonnes supplémentaires par an de capacités industrielles de préparation sont installées ou programmées en France entre 2025 et 2027. Trois nouveaux centres de préparation viennent compléter le dispositif.
Pour Valobat, l’enjeu n’est donc plus de créer la filière mais de préserver la qualité du gisement, le maillage territorial et la boucle de recyclage. - Menuiseries vitrées : trois ans pour créer une filière
Les menuiseries vitrées illustrent au contraire une filière encore récente. En trois ans, un réseau d’une centaine de démanteleurs s’est constitué sur le territoire.
57 000 tonnes de menuiseries vitrées ont été collectées en 2025 et 28 000 tonnes de verre recyclées depuis le lancement de la filière. Pour Valobat, la nouveauté n’est pas tant le recyclage du verre que l’organisation de la collecte et du démantèlement permettant son retour en boucle fermée.
La prochaine étape consiste à renforcer le maillage et à sécuriser les flux, notamment en raison du risque amiante. Valobat vise par ailleurs au moins un doublement des performances d’ici 2030. - Membranes bitumineuses : les volumes décollent
Les membranes bitumineuses constituent un troisième cas de figure. Les volumes collectés ont doublé entre 2024 et 2025, pour atteindre 26 900 tonnes en 2025.
Mais la filière dispose encore d’une marge de progression importante : le gisement est estimé à 71 000 tonnes par an, contre 33 000 tonnes/an de capacités de recyclage ou de valorisation disponibles.
L’enjeu est donc désormais de développer des solutions de collecte adaptées aux métiers de l’étanchéité et de créer les capacités industrielles capables d’absorber les nouveaux volumes. Valobat y voit également un enjeu de réduction de la dépendance au bitume vierge.
Des moyens à concentrer sur les filières encore en construction
Ces trois exemples résument la position défendue par Valobat dans le débat sur la refondation. Toutes les filières n’ont pas les mêmes besoins et les moyens de la REP doivent, selon l’éco-organisme, être adaptés à leur niveau de maturité.
Pour les filières encore en construction, les financements doivent permettre de développer la collecte, la préparation et la massification des matières ainsi que les débouchés industriels.
Pour les filières arrivées à maturité, l’objectif doit progressivement être de trouver un modèle économique autonome, ne reposant plus sur l’éco-contribution.
Valobat veut ainsi « multiplier ces trajectoires » : faire émerger des filières structurées, puis réduire progressivement leur dépendance au financement de la REP lorsque les conditions techniques et économiques le permettent.
Cette approche est au cœur de la refondation proposée par le Gouvernement, qui distingue désormais les matériaux « matures » des matériaux « non matures ». Le Conseil d’État a d’ailleurs validé la possibilité de procéder à cette distinction dans son avis.
Une distinction qui ne fait pas consensus
La distinction entre filières matures et non matures est toutefois loin de faire l’unanimité parmi les acteurs.
La Capeb s’oppose notamment à une évolution qui pourrait réduire le niveau de prise en charge et remettre en cause le principe d’une reprise gratuite et de proximité pour les entreprises artisanales. Elle défend le maintien d’un service accessible aux artisans, sans transfert de coûts vers ces derniers.
De son côté, Amorce, avec le Cercle national du recyclage et Régions de France, conteste également la qualification de certains flux comme « matures ». Les associations de collectivités craignent notamment qu’une sortie, même progressive, de certains matériaux du financement de la REP entraîne une baisse des moyens consacrés à leur gestion et fragilise les dispositifs de collecte de proximité.
Le désaccord porte donc moins sur la nécessité de faire évoluer la REP que sur la manière de répartir les financements et les responsabilités, ainsi que sur le niveau de maturité réellement atteint par les différentes filières.
C’est dans ce contexte que l’avis du Conseil d’État vient modifier les données du problème.
Le projet gouvernemental initial devait permettre de ramener l’enveloppe de la REP à environ 325 M€ en 2028. Le Conseil d’État a validé l’économie générale de la réforme, notamment la distinction entre matériaux matures et non matures ainsi que la nouvelle organisation des canaux de collecte.
Mais il a rappelé une contrainte issue du droit européen : à l’échelle de la filière, les producteurs doivent supporter au moins 80 % des coûts nécessaires à la fourniture de services de gestion des déchets présentant un bon rapport coût-efficacité.
Cette exigence modifie fortement l’équation financière. Selon l’estimation du Gouvernement, l’enveloppe de la filière ne pourrait finalement être ramenée qu’à environ 600 M€ en 2028, contre les 325 M€ prévus initialement. Près de 10 % de cette somme correspondrait au futur fonds consacré aux dépôts sauvages.
Un point mérite d’être précisé : les 600 M€ ne sont pas un montant fixé par le Conseil d’État. Il s’agit de l’estimation du Gouvernement après prise en compte de son avis.
« Le statu quo n’est pas une solution »
Pour Valobat, cette nouvelle étape ne remet pas en cause le principe même de la refondation. Au contraire, l’éco-organisme estime que trois années de fonctionnement permettent désormais de mieux identifier les besoins propres à chaque filière.
Lors de la conférence, Valobat a insisté sur le fait qu’il est avant tout l’exécutant des décisions prises par les pouvoirs publics. L’éco-organisme entend néanmoins apporter son analyse sur les différents scénarios.
Sa position tient en deux messages : la REP a démontré son utilité et les moyens doivent désormais aller en priorité aux filières encore en structuration.
Reste à déterminer comment traduire cette logique dans le futur dispositif, alors que plusieurs acteurs demandent une révision plus profonde du projet. Après l’avis du Conseil d’État, le Gouvernement a ouvert une nouvelle phase de concertation et vise désormais une entrée en vigueur au 1er janvier 2027, la réforme n’ayant pas pu entrer en vigueur au 1er septembre comme prévu.
Trois ans après son lancement, la REP PMCB arrive donc à un tournant : son premier défi était de créer un service de collecte national ; le suivant sera de transformer cette collecte en véritables filières industrielles, sans perdre le maillage de proximité qui constitue l’un des point
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