Cédé au fonds Mutares, Lapeyre veut rassurer ses salariés

Stéphane Vigliandi
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À l’issue d’un processus engagé à l’automne 2019, Saint-Gobain va s’alléger de son enseigne Lapeyre. La cession au fonds allemand Mutares devrait être bouclée le 1er juin prochain. En attendant, Marc Ténart, le futur patron, tente de rassurer syndicats et salariés sur une éventuelle casse sociale.

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Dans le giron de Saint-Gobain depuis 1996, la chaîne aux 126 magasins s’apprête va passer sous pavillon allemand. En négociations exclusives depuis novembre 2020, le groupe a cédé la marque fondée en 1931 au fonds de “retournement” (redressement des entreprises en difficulté) allemand Mutares le 23 avril dernier – tout juste quelques jours avant que SGDB France n'annonce s’être positionné pour le rachat des trente agences Panofrance (environ 160 M€ HT de CA en 2020) à l’indépendant Chausson, via sa filiale DMBP.

Mais depuis plusieurs mois, les syndicats, les 3 400 salariés de Lapeyre et 800 autres salariés mandataires sont vent debout contre une cession qui aurait, selon eux, des conséquences sur l’emploi. En janvier dernier, les membres du CSE de Lapeyre Industries jugeaient que 20% des effectifs pourraient être supprimés dans le cadre du rachat par Mutares.

Le 10 mai dernier, une audience a eu lieu au tribunal de Commerce de Paris dans le cadre d’une demande d’homologation de la cession entre les deux partie prenantes… mais en l’absence des avocats des différents comités sociaux et économiques de Lapeyre (douze CSE au total) qui n’avaient pas été autorisés à y assister.

DG adjoint de Saint-Gobain, Guillaume Texier expliquait alors à l’AFP que « cette procédure qui est facultative, a été demandée par Saint-Gobain pour donner de la sécurité aux acteurs, pour protéger l’entreprise Lapeyre […]. Le repreneur a pris des engagements sociaux à deux ans sur les fermetures d’usines ou de magasins ».

De son côté, Philippe Szlang qui préside Mutares France, a indiqué dans un communiqué transmis à l’AFP que « l’audience [du 10 mai 2021] nous a permis d’exposer en détail notre projet, de rappeler l’ensemble des engagements sociaux que nous avons pris et de redire notre conviction ferme que Lapeyre peut être redressé et relancé dans la durée en cas d’homologation ».

Et de préciser que « pour préparer et mettre en œuvre ce redressement et cette relance, nous nous appuierons sur un dialogue ouvert et constant avec les organisations syndicales, les représentants du personnels et les salariés ».

« Il nous faudra environ trois à six mois après le changement d’actionnaire pour mieux évaluer les forces et les faiblesses du “nouveau” Lapeyre. »
Marc Ténart, PDG du groupe Lapeyre
 

Casse sociale !

Devant le tribunal de Commerce de Paris, en marge de l’audience du 10 mai dernier, Éric Guindani (élu CGT au CSE de l’usine Lapeyre de Lagrange, en Haute-Garonne) rétorquait pourtant que s’« il y a des fonds de redressement qui redressent des entreprises […], Mutares ne redresse pas, il se nourrit sur la bête ! ».

Dans un courrier adressé au gouvernement ce 17 mai, Nicolas Bodot (élu CGT et membre du CSE de l’usine Poreaux SAS, dans la Marne) rappelait, lui, que « l’offre de Mutares fait courir un risque de redressement généralisé quasi certain ». Tout en appelant les ministres du Travail et en charge de l’Industrie d’« intervenir pour empêcher une homologation » de l’accord de conciliation entre Saint-Gobain et le fonds allemand – une homologation que le collectif Lapeyre “Agir pour ne pas subir” juge « illégale ».

Le 1er juin prochain, le tribunal de Commerce de Paris se prononcera à ce sujet d’ailleurs. Selon un audit du cabinet Altinéa mené pour le compte du CSE, quatre des dix usines Lapeyre Industries et 19 des 126 magasins du réseau pourraient fermer. Dès le 5 mai dernier pourtant, le futur patron de Lapeyre, Marc Ténart se voulait rassurant en faisant part aux salariés de l’entreprise « des engagements pris lors de la procédure d’information-consultation des instances représentatives du personnel ».

Dans un courrier (lire ci-dessous) qu’il leur a adressé, cet ex-PDG du groupe Conforama et de Kingfisher France notamment soulignait que « nous ne procéderons à aucune fermeture de magasin ni de site industriel d’ici fin 2022 », tandis que « 10 % du résultat opérationnel annuel (Ebitda) et jusqu’à 10 % du produit net de la future cession de l’entreprise seront partagés avec tous les salariés de Lapeyre, et aucun dividende ne sera versé jusqu’à la fin 2024 ».

Quelques jours auparavant, le 20 avril, l’intersyndicale Lapeyre montait néanmoins toujours au créneau. Elle notait que « le projet de Cevital [ce conglomérat familial algérien avait repris en 2013 Oxxo (ex-filiale du groupe Lapeyre) et Brandt en 2014 par exemple] est celui qui minimise le risque d’échec du retournement grâce à de nombreuses synergies commerciales, industrielles et administratives » et se positionne comme étant « le candidat qui a le plus faible impact social : 110 emplois nets détruits contre 244 pour Verdoso [un groupe indépendant français spécialisé dans le redressement de sociétés industrielles] et 598 pour Mutares ».

À l’issue de sa récente assemblée générale annuelle, Mutares a néanmoins rappelé dans un communiqué daté du 20 mai 2021 que « l’acquisition de Lapeyre qui a été signée en décembre 2020, devrait se conclure au deuxième trimestre 2021 ». Et ensuite, quelle sera l’étape suivante ? Avec « l’ambition de redresser et de relancer Lapeyre », Marc Ténart rappelle, que « d’expérience, il faudra environ trois à six mois après le changement d’actionnaire pour mieux évaluer les forces et les faiblesses » du "nouveau" Lapeyre.

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EN PHOTOSigné en décembre 2020, l’accord de cession de Lapeyre entre Saint-Gobain et Mutares, un fonds de retournement allemande Mutares, devait être initialement scellé au cours du premier trimestre 2021. Face aux réticences des salariés de l’entreprise, la vente ne devrait intervenir que d’ici à la fin juin prochain. Pour mémoire, la France représente le 2e pays le plus important dans le portefeuille du groupe Mutares SE & Co. KGaA. Au cours des derniers mois, il a déjà conclu la reprise de La Rochette et de Carglass Maison notamment.

Stéphane Vigliandi
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