Quel sera le contrôle de qualité des travaux effectués et qu’en sera-t-il de la lutte contre les entreprises malhonnêtes ?
Si le contrôle systématique des 500 000 rénovations par an ne semble pas possible pour l’exécutif, les membres des cabinets ministériels soulignent que la DGCCRF va intensifier les contrôles aléatoires sur les chantiers. Un plan d’action concerté contre la fraude doit prochainement être annoncé par Emmanuelle Wargon qui déclarait récemment sur le plateau du Grand Rendez-vous d’Europe 1 : « On a un système dans lequel on a des aides de l’État, des aides des collectivités, on a de l’argent, on a des systèmes qui permettent de faire des travaux mais il y a plein d’abus, de démarchages abusifs. Comme il y a des abus et des arnaques, les gens n’ont plus confiance et, du coup, les vraies aides qui permettent vraiment de faire des progrès sont cachées par ces abus ». La secrétaire d’État souhaite « aller chercher ces plateformes qui passent des coups de fil, (...) ces artisans qui travaillent mal » en faisant davantage de contrôles. Des mots qui ont blessé Patrick Liébus, le président de la Capeb : « Les propos récents de la ministre accusent aujourd’hui les artisans de procéder à de véritables harcèlements téléphoniques et puis ensuite de mal faire le travail auprès de clients crédules. Or appeler 10 fois par jour un prospect n’est pas dans les capacités des artisans. C’est bien mal connaître la vie des entreprises artisanales où tous les salariés et le chef d’entreprise sont à la production ». Le représentant des artisans du bâtiment pointe du doigt l’opportunisme des « géants du 1 euro » qui auraient bénéficié de la neutralité bienveillante des pouvoirs publics pour faire appel à une main d’œuvre sous-traitante peu ou pas qualifiée. Le président conclut : « Tenir de tels discours à l’encontre du secteur, c’est vraiment faire subir aux entreprises artisanales du bâtiment une quasi-double peine. Elles ont été obligées de s’inscrire dans le dispositif RGE, exigeant et contraignant administrativement. De plus, parmi ces entreprises, sont exclues celles toutes celles qui ont une faible activité. Le gouvernement, qui entend faire de la politique de rénovation énergétique des bâtiments une priorité de l’acte II du quinquennat ne devrait pas pratiquer un tel amalgame préjudiciable accusant publiquement les entreprises d’être éco-délinquantes. C’est un comble ! ».
De son côté, la Fédération française du bâtiment (FFB) s'est exprimée sur l'ensemble du dispositif de prime, qu'elle estime "complexe et dont l'efficacité reste à assurer". Dans un communiqué, elle relate : "On passe d'une mécanique facile à expliquer aux ménages (30 % de crédit d'impôt avec quelques exceptions) à 104 cas de figures sur deux ans et une entrée en vigueur progressive". Concernant la suppression des aides publiques pour les foyers les plus aisés, la FFB déplore : "Ecarter les ménages qui consomment environ 50 % du dispositif actuel revient à les détourner de ce marché. La transformation du CITE s'assimilerait alors à une mesure sociale incompatible avec les objectifs énergétiques recherchés". Jacques Chanut, le président de la fédération conclut : "La transformation du CITE en prime manque pour l'heure ses objectifs". Il souhaite participer au débat parlementaire des prochains jours pour améliorer ce projet d'ici au vote du budget 2020.
G.N.