Câbles : une filière sous tension en 2025, malgré l’électrification en marche
Après un exercice 2025 en léger repli, la filière française des câbles électriques et de communication amorce un tournant. Entre ralentissement conjoncturel et perspectives structurelles liées à la transition énergétique et numérique, les industriels misent sur un rebond dès 2026, à condition de bénéficier d’un cadre stratégique clarifié.
Le bilan 2025 des industriels réunis au sein de la fédération Sycabel confirme une année en demi-teinte. Le marché global des câbles recule de 3,7 %, avec des évolutions très différenciées selon les segments. Si les réseaux électriques affichent une dynamique robuste, les télécommunications et le bâtiment ont pesé sur l’activité.
Le transport et la distribution d’électricité progressent d’environ 15 %, portés par une demande soutenue à l’export et les premiers effets de la transition énergétique.
À l’inverse, le secteur du bâtiment enregistre un recul de 3,5 %, dans le prolongement de la crise de la construction.
De leur côté, les télécoms accusent une chute marquée de 25 %. La fin du cycle de déploiement de la fibre optique ramène les livraisons à leur plus bas niveau depuis plus d’une décennie.
Dans ce contexte, certains marchés industriels tirent leur épingle du jeu. L’aéronautique, notamment, bénéficie d’une demande mondiale soutenue, avec des carnets de commandes couvrant près de dix ans, tandis que l’automobile électrique et le ferroviaire offrent des perspectives favorables.
Mutations réglementaires et technologiques
Au-delà de la conjoncture, l’année a été marquée par plusieurs évolutions structurantes. Dans le bâtiment, l’entrée en vigueur de nouvelles exigences de réaction au feu pour les câbles a conduit les industriels à revoir en profondeur leurs gammes, avec le passage à des classifications plus exigeantes (Cca-s2,d2,a2).
Dans le même temps, la filière s’est engagée dans des travaux de normalisation et d’innovation continue : intégration croissante de matières recyclées, développement de câbles spécifiques pour le photovoltaïque ou encore solutions visant à réduire l’empreinte carbone des chantiers, comme les câbles à enterrabilité directe.
Le Sycabel a également renforcé son rôle institutionnel, notamment à travers la création de la FIERE, une instance de dialogue entre industriels et pouvoirs publics sur les enjeux des réseaux électriques.
En 2026, rebond attendu
Malgré ce contexte contrasté, les perspectives s’annoncent nettement plus favorables. L’électrification croissante des usages, la reprise attendue de la construction, l’essor des data centers et les besoins accrus en résilience des réseaux constituent autant de moteurs pour la filière.
Les industriels prévoient ainsi près de 200 millions d’euros d’investissements en 2026, en hausse de 40 % par rapport à 2025, principalement orientés vers les infrastructures énergétiques.
Cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte plus large de transformation des réseaux. À l’échelle européenne, les besoins de modernisation et de développement des infrastructures électriques se chiffrent en milliers de milliards d’euros sur les prochaines décennies.
Des attentes fortes vis-à-vis des pouvoirs publics
Pour concrétiser ce rebond, la filière appelle toutefois à une clarification rapide du cadre stratégique. La mise en œuvre d’une trajectoire d’électrification des usages – avec un objectif de 35 % de la consommation finale en 2030 puis 40 % en 2035 – est jugée essentielle, mais insuffisante sans plan opérationnel.
Les industriels pointent également le poids de la fiscalité sur l’électricité, qui représente plus d’un tiers de la facture, ainsi que la nécessité de reconnaître le caractère stratégique des réseaux pour la souveraineté énergétique.
Sur le volet numérique, la fin du réseau cuivre place la qualité et la fiabilité de la fibre au cœur des enjeux. La filière insiste sur la nécessité de renforcer la maintenance des infrastructures, d’assurer la conformité des installations et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement.
« La visibilité donnée par l’État sur l’électrification des usages et la résilience des réseaux de fibre optique est indispensable à l’ensemble des acteurs - gestionnaires de réseaux, fabricants de matériels et installateurs - pour planifier leur activité, leur production et investir. »
Franck Baron, président du Sycabel
Matières premières : des tensions structurelles
Autre point de vigilance : l’approvisionnement en matières premières. Essentiels à la fabrication des câbles, le cuivre et l’aluminium connaissent une hausse durable des prix, dans un contexte de forte demande liée aux énergies renouvelables et aux data centers.
Le cours du cuivre a ainsi atteint des niveaux historiques, autour de 13 000 dollars la tonne début 2026, avec des perspectives de tension à l’horizon 2030.
Face à ces contraintes, la filière accélère sur l’économie circulaire. Le recyclage, notamment du cuivre et de l’aluminium, apparaît comme un levier stratégique pour sécuriser les approvisionnements et réduire l’empreinte carbone. Des capacités industrielles existent déjà, mais leur montée en puissance reste conditionnée à l’évolution des cadres réglementaires et des pratiques de marché.
Une industrie stratégique à préserver
Avec 60 usines, 7 000 emplois directs et plus de la moitié de sa production exportée, la filière câble constitue un pilier industriel en France. Peu délocalisée, elle participe activement à la balance commerciale et à la vitalité des territoires.
Dans un contexte de concurrence internationale accrue, les industriels appellent à défendre l’excellence européenne, à maintenir les compétences sur le territoire et à promouvoir une préférence industrielle à l’échelle nationale et européenne.
La filière "câbles" en chiffres
- 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires
- 55 % de la production exportée
- 60 sites industriels en France
- 7 000 emplois directs
- Jusqu’à 43 000 recrutements attendus d’ici 2030