Électrification : l’État mobilise toute la filière autour d’un pacte
Réuni à l’Élysée le 26 mai, l’écosystème électrique français s’est engagé aux côtés de l’État pour accélérer l’électrification des usages. Derrière cette "Équipe de France de l’électrification", le gouvernement veut faire de l’électricité bas carbone le pilier de la décarbonation, de la souveraineté énergétique et de la réindustrialisation du pays. Un chantier massif qui implique industriels, énergéticiens, réseaux, distributeurs, artisans et installateurs.
Le 26 mai 2026, l’Élysée a réuni industriels, énergéticiens, fédérations professionnelles, distributeurs et acteurs du bâtiment autour d’un objectif commun : accélérer l’électrification de la France. À l’occasion de cette rencontre présidée par Emmanuel Macron, plusieurs pactes sectoriels ont été signés, dont le "Pacte de l’Équipe de France de l’Électrification", présenté comme la colonne vertébrale de la stratégie française de décarbonation.
Cette mobilisation s’inscrit dans le prolongement du plan gouvernemental "Pour une énergie moins chère, plus souveraine et plus durable", dévoilé le 23 avril dernier et structuré autour de 22 mesures visant à réduire la dépendance française aux énergies fossiles importées. Le constat dressé par l’exécutif est clair : alors que l’électricité représente seulement 27 % de la consommation finale d’énergie en France, les énergies fossiles comptent encore pour plus de la moitié du mix énergétique national.
L’électricité comme voie de référence
Le gouvernement assume désormais une orientation très nette : faire de l’électricité bas carbone le moteur principal de la transition énergétique française. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) prévoit ainsi de porter la part de l’électricité dans la consommation finale à 38 % d’ici 2035, contre 27 % aujourd’hui, tout en réduisant la part des énergies fossiles de 60 % à 40 % en 2030.
Plusieurs atouts français sont mis en avant : une électricité produite à plus de 95 % à partir de sources bas carbone, des prix parmi les plus compétitifs d’Europe et une industrie déjà fortement engagée dans les technologies électriques.
L’exécutif présente ainsi l’électrification comme une réponse simultanée à plusieurs enjeux : souveraineté énergétique, réduction des émissions de CO₂, réindustrialisation et protection du pouvoir d’achat. Le gouvernement prévoit d’ailleurs de doubler les investissements publics dédiés à l’électrification, avec 10 milliards d’euros par an d’ici 2030, contre 5,5 milliards actuellement.
Une mobilisation de toute la chaîne de valeur
Le Pacte signé à l’Élysée dépasse largement le seul secteur énergétique. Il associe producteurs d’électricité, gestionnaires de réseaux, fabricants d’équipements, distributeurs professionnels, entreprises du génie électrique, artisans et installateurs.
Le texte insiste notamment sur la nécessité de s’appuyer sur « les centaines de milliers d’entreprises et TPE artisanales du bâtiment » capables de concrétiser la transition sur le terrain.
Les engagements industriels sont ambitieux :
- produire un million de pompes à chaleur à horizon 2027-2030 ;
- doubler la production française de radiateurs électriques ;
- produire un million de gestionnaires d’énergie ;
- renforcer fortement les capacités de production de bornes de recharge et de câbles électriques.
Le Pacte prévoit également des investissements massifs dans les réseaux électriques. Le gestionnaire RTE évoque à lui seul 100 milliards d’euros d’investissements d’ici 2040 pour adapter les infrastructures à la montée des usages électriques.
Le bâtiment au cœur du dispositif
Le secteur du bâtiment apparaît comme l’un des principaux terrains d’application de cette stratégie. Le gouvernement mise particulièrement sur le remplacement des chaudières fossiles par les pompes à chaleur, considérées comme « technologie de référence ».
La filière PAC, regroupée notamment autour de l’AFPAC et d’Uniclima, s’est engagée à produire un million de pompes à chaleur par an et estime que cette dynamique pourrait générer 41 000 emplois supplémentaires d’ici à 2030. Le plan prévoit également une offre "clés en main" intégrant équipement, installation, maintenance et fourniture d’électricité, avec une mensualité annoncée inférieure à une facture gaz classique. En parallèle, le mouvement HLM s’est engagé à planifier l’électrification d’un million de logements sociaux.
SERCE : 12 000 emplois par an promis
Parmi les signataires, le SERCE s’est positionné comme l’un des principaux relais opérationnels du plan. L’organisation, qui représente les entreprises du génie électrique et climatique, promet la création de 12 000 emplois par an entre 2026 et 2030, ainsi que le recrutement de 3 000 apprentis par an. Le syndicat insiste sur le rôle des entreprises de travaux électriques dans la réalisation concrète des infrastructures et équipements liés à l’électrification : réseaux, bâtiments tertiaires, bornes IRVE, data centers ou encore installations industrielles.
Le SERCE rappelle également que les investissements nécessaires dans les réseaux atteindront environ 200 milliards d’euros jusqu’en 2040 dans le cadre des travaux de modernisation et d’adaptation du système électrique.
COEDIS alerte sur les risques de distorsion
Si la distribution professionnelle soutient la trajectoire engagée, elle appelle aussi à la vigilance. COEDIS souligne ainsi que « l’électrification n’est pas la voie unique de décarbonation, mais la seule voie de référence », reprenant les propos du président de la République.
L’organisation, qui représente les distributeurs professionnels du second œuvre technique, met surtout en garde contre certains dispositifs publics en préparation. Elle craint que des offres labellisées par l’État puissent contourner la filière traditionnelle de distribution et d’installation, créant une « distorsion » concurrentielle défavorable aux acteurs historiques du terrain.
COEDIS insiste ainsi sur la nécessité d’associer pleinement la distribution professionnelle, les artisans et les entreprises du bâtiment à la mise en œuvre opérationnelle du plan.
Un enjeu de compétences et d’acceptabilité
Au-delà des investissements, le gouvernement reconnaît que la réussite du plan dépendra aussi des compétences disponibles. Les besoins sont considérables : le programme "Écoles des réseaux pour la transition énergétique" estime à 43 000 les recrutements nécessaires entre 2025 et 2030 dans les métiers techniques liés aux réseaux électriques.
Le Pacte insiste également sur la lutte contre la fraude, la qualité des installations et l’accompagnement des territoires. Une manière de répondre aux inquiétudes croissantes autour des dérives observées ces dernières années dans certains dispositifs d’aides à la rénovation énergétique.
Derrière cette "Équipe de France de l’électrification", l’exécutif cherche finalement à structurer une véritable filière industrielle et territoriale capable d’accompagner la transformation énergétique du pays. Reste désormais à convertir ces engagements en réalisations concrètes, dans un contexte où les questions de financement, de compétences, d’acceptabilité et d’équilibre entre filières énergétiques restent entières.
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