Chauffage au bois : où en sont les aides ?
L'année 2026 s'ouvre dans un climat d'incertitudes pour la filière du chauffage au bois. Entre la fermeture temporaire des guichets de l'Anah, la refonte drastique des CEE et l'exclusion des chaudières du parcours « monogeste », les professionnels du secteur doivent naviguer dans un paysage réglementaire et financier profondément remanié. État des lieux.
Pas facile de naviguer dans le flou des aides, de la fiscalité et des dispositifs divers, quand on s'intéresse à la filière bois-énergie, c'est-à-dire aux systèmes de chauffage impliquant les bûches et pellets (autrement nommés granulés de bois). Nous avons enquêté pour y voir plus clair, en ce début d'année et après le vote du budget à l'Assemblée nationale.
MaPrimeRénov' : vers un redémarrage imminent
C'est l'information que tout le secteur attendait : le budget de l'État pour 2026 a été adopté. Après plusieurs semaines d'incertitude où le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, rappelait la règle stricte « pas de budget, pas de guichet », la situation se débloque. Le gouvernement a confirmé une enveloppe de 3,6 milliards d'euros dédiée à la rénovation énergétique pour l'année.
En pratique, l'Agence nationale de l'habitat (Anah) prépare la réouverture de sa plateforme de dépôt, prévue pour intervenir d'ici la mi-février. Ce délai technique est nécessaire pour reconfigurer les serveurs selon les nouveaux barèmes. Pour les installateurs, cela signifie la fin du gel des devis, même si la vigilance reste de mise : les règles du jeu ont changé.
En 2026, la chaudière biomasse est officiellement exclue du parcours « monogeste » (travaux isolés). Désormais, pour bénéficier d'une aide sur ce type d'équipement, les ménages devront s'orienter vers une rénovation d'ampleur incluant plusieurs gestes de travaux. En revanche, les poêles à bois et à granulés conservent leurs aides individuelles (au même niveau que 2025) pour les ménages aux revenus très modestes (qui pourront prétendre à 1250 euros d'aides), modestes (1000 euros) et intermédiaires (750 euros). Restent exclus les ménages aux revenus élevés.
Chute brutale de la valorisation des CEE
Si MaPrimeRénov' retrouve de l'air, le second pilier du financement, les Certificats d'économies d'énergie (CEE), subit lui une cure d'austérité sévère. La révision des fiches d'opérations a entraîné une division par trois de la valorisation du « Coup de pouce » pour le bois énergie. Désormais, le calcul se complexifie : il ne dépend plus seulement des revenus du foyer, mais intègre également la zone géographique et la surface du logement.
Pour les poêles, le Coup de pouce - toujours réservé au remplacement d'un vieil appareil au charbon - fond littéralement, passant d'un forfait d'environ 800 € à une fourchette comprise entre 40 € et 350 € selon les situations. Le constat est encore plus marqué pour la chaudière bois, dont l'aide chute sous la barre des 1 000 €, alors qu'elle pouvait atteindre 5 500 € par le passé.
Des leviers territoriaux et financiers pour compenser
Face à l'érosion des aides nationales, le salut pourrait venir des initiatives locales. Les Fonds Air Bois, déployés dans le cadre des Plans de protection de l'atmosphère (PPA), restent un levier financier déterminant bien que souvent méconnus. Ces aides, qui varient de 500 € à 3 000 € pour le remplacement d'un appareil ancien, sont recensées sur le site de l'Ademe et constituent aujourd'hui une aide précieuse pour les projets situés dans les zones concernées par des enjeux de qualité de l'air.
Par ailleurs, l'Éco-prêt à taux zéro (Éco-PTZ) demeure un outil stable et indispensable dans ce contexte de taux d'intérêt encore élevés. Il permet d'étaler l'investissement initial sur une durée allant jusqu'à 20 ans. À terme, la filière réfléchit à de nouveaux modèles de financement inspirés du secteur automobile, comme la location avec option d'achat, pour réduire le frein que constitue désormais le reste à charge croissant pour les familles.
La TVA reste inchangée
Au milieu de ces turbulences, la fiscalité indirecte reste un point fixe en 2026. Le taux de TVA réduit à 5,5 % s'applique toujours sur la fourniture et l'installation du matériel de chauffage bois.
Quant au combustible (granulés, bûches), il bénéficie toujours du taux de 10 %, préservant ainsi l'attractivité du bois comme l'une des énergies les plus compétitives du marché.
Les chaudières bois bientôt définitivement exclues ?
La filière française du bois-énergie reste en état d'alerte. Alors que le gouvernement multiplie les coupes budgétaires, l'étau se resserre sur les chaudières bois. Après deux baisses de 30 % des aides MaPrimeRénov' en moins de deux ans et l'exclusion du "geste individuel" actée pour janvier 2026, c'est désormais le dernier bastion du secteur qui vacille : l'éligibilité aux aides dans le cadre d'une rénovation globale.
Le gouvernement aurait en effet récemment engagé une concertation discrète sur l'évolution des dispositifs de soutien au chauffage au bois. Si cette démarche n'a pas encore abouti à une décision définitive, une nouvelle phase de concertation est évoquée, notamment via le Conseil supérieur de l'énergie (CSE). Une exclusion complète des chaudières bois de la rénovation globale pourrait advenir avant le mois de septembre.