Nouvelle méthode de calcul du DPE : l'arrêté est paru

, mis à jour le 29/08/2025 à 14h14
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DPE diagnostic de performance énergétique étiquettes énergétiques du bâtiment

L'ajustement du coefficient de conversion de l'électricité dans le diagnostic de performance énergétique a été acté par une publication dans le Journal officiel le 26 août. Ce dernier passe de 2,3 à 1,9. Cette réforme, prévue pour prendre effet au 1ᵉʳ janvier 2026, aligne la France sur les valeurs européennes et vise à corriger un déséquilibre jugé par le gouvernement défavorable aux logements électriques, tout en renforçant les incitations à la rénovation énergétique.

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En matière d'audits énergétiques et plus spécifiquement du diagnostic de performance énergétique (DPE), la France s'aligne désormais sur la valeur par défaut européenne. C'est ce qu'il ressort de la promulgation de cette réforme, qui modifie l'annexe 3 des arrêtés de 2021 et 2006. Il impose un nouveau coefficient d'énergie primaire (CEP) pour l'électricité dans le DPE et les audits énergétiques, le faisant passer de 2,3 à 1,9.

Pourquoi ce changement ? Cette réforme entend répondre à une inégalité de traitement : l'électricité, éminemment décarbonée en France du fait du nucléaire et des renouvelables, était jusque-là pénalisée dans le DPE, comparativement aux énergies fossiles. Réduire le coefficient relève de fait le classement énergétique des logements électriques.

Grâce à ce coefficient abaissé, environ 850 000 logements jusqu'alors classés parmi les « passoires énergétiques » (classes F ou G) devraient voir leur situation s'améliorer, selon les estimations gouvernementales. Toutefois, aucun logement ne perdra de classe DPE du fait de cette réforme.

« Alors que la baisse des émissions du bâtiment marque le pas, il n'est pas acceptable que les logements chauffés à l'électricité restent indûment désavantagés par rapport au gaz ou au fioul. [Nous envoyons] un signal fort en faveur de l'électrification des logements et de la sortie des chaudières fossiles. [...] L'électricité est la clé pour tourner la page des énergies fossiles : elle ne doit plus être pénalisée. »
Agnès Pannier-Runacher, ministre de de la Transition écologique

« Avec le plan 'Un million de PAC' mis en place en 2024, nous disposons en France d'importantes capacités industrielles de production de pompes à chaleur. Nous souhaitons désormais accélérer leur déploiement dans les logements pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles dans les bâtiments. La mise à jour du coefficient de l'électricité permet de refléter cette priorité en matière de politique énergétique et industrielle. »
Marc Ferracci, ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie

Les diagnostics antérieurs pourront être mis à jour

Le nouveau coefficient sera appliqué automatiquement à tous les DPE et audits énergétiques réalisés à compter du 1ᵉʳ janvier 2026. Les diagnostics antérieurs à cette date restent valables, mais pourront être mis à jour gratuitement et facilement, sans nouvelle visite du diagnostiqueur, via l'Observatoire DPE-Audit de l'Ademe, où une attestation de nouvelle étiquette sera téléchargeable.

À titre d'exemple, un logement entièrement électrique ayant une consommation en énergie finale de 100 kWh/m² verra son score en énergie primaire passer de 230 à 190 kWh/m², permettant potentiellement un gain d'une à deux classes dans certains cas, en fonction des autres paramètres.

Des voix se lèvent contre une réforme "arbitraire et contreproductive"

Cette modification du calcul du DPE n'a pas manqué d'engendrer de nombreux remous au sein des acteurs de la rénovation. Parmi les plus virulents à l'encontre de cette mesure, l'association qui regroupe des acteurs du gaz et de l'efficacité énergétique Coénove juge la décision « techniquement contestable, socialement injuste et environnementalement contreproductive ».

Coénove rappelle que la consultation publique menée en juillet a révélé une opposition majoritaire : 223 contributions défavorables contre 98 favorables, sur un total de 478 participations. Le Conseil supérieur de l'énergie (CSE) et le Conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique (CSCEE) avaient également émis un avis négatif. Selon l'association, ces avis n'ont pas été pris en compte, rendant la concertation « illusoire ».

L'organisation estime que cette réforme :
- détourne le DPE de sa vocation scientifique, au profit d'un objectif politique ;
- décrédibilise l'outil et brouille le signal envoyé aux ménages ;
- fait artificiellement sortir 850 000 logements du statut de passoires thermiques, sans travaux réels ni baisse de factures ;
- risque d'accélérer une électrification non maîtrisée, avec des tensions potentielles sur l'approvisionnement électrique ;
- entretient une instabilité réglementaire, source d'incertitude pour la filière bâtiment.

Coénove pointe également des questions restées sans réponse : absence d'étude d'impact publiée, pertinence d'appliquer une moyenne européenne « déconnectée » du mix français, effets sur la pointe électrique hivernale, ou encore conséquences sociales et économiques pour les ménages précaires et les professionnels du secteur.

Pour son président Jean-Charles Colas-Roy, cette réforme risque de « freiner la dynamique de rénovation ».

Rédacteur en chef de Zepros Énergie et Zepros Réno, expert de la transition énergétique dans le bâtiment.
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