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, mis à jour le 29/04/2026 à 16h28

« Défendre la place des artisans sur le marché », le cap de Jean-Christophe Repon pour un troisième mandat

Jean-Christophe Repon
Président
CAPEB
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Jean-Christophe Repon président Capeb

Réélu à la présidence de la Capeb pour un troisième mandat, Jean-Christophe Repon revient pour Zepros sur son parcours et les racines de son engagement. Il revendique un combat guidé par un « sentiment d’injustice » et défend un cap clair : préserver la place des artisans et leur accès au marché. 

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Votre parcours est assez atypique. Comment êtes-vous arrivé dans le Bâtiment ?
Jean-Christophe Repon

Au départ, rien ne me destinait vraiment à ça. J’ai fait un bac philo, puis je me suis orienté vers ce qui s’appelait à l’époque l’Ureps, pour devenir professeur de gym. Mais, en parallèle, ce qui m’animait le plus, c’était le rugby, avec l’ambition de jouer au plus haut niveau.
À un moment, je me suis posé la question de mon avenir professionnel. Et je me suis demandé si, au-delà de la fierté du métier de mes parents – mon père artisan électricien, ma mère conjointe collaboratrice –, la qualité de vie et le niveau économique de l’entreprise n’étaient pas plus intéressants.

C’est ce qui vous fait rejoindre l’entreprise familiale ?
Jean-Christophe Repon

Oui. Mes parents ont créé leur entreprise en 1963. Je l’ai rejointe en apprentissage en 1991, puis je l’ai reprise en 1995. Mais il y a eu un moment important avant : en 1992, pendant que je passais mon CAP et que je jouais au rugby, mon père a eu un accident. J’ai dû gérer l’entreprise. Ça a été une année de responsabilités, où j’ai grandi très vite.

Vous avez longtemps mené de front entreprise et rugby…
Jean-Christophe Repon

Oui, pendant des années. J’ai géré l’entreprise tout en continuant à jouer. J’ai toujours eu une petite structure, avec quelques salariés et des apprentis. L’entreprise a traversé les années et elle est toujours là aujourd’hui. Elle fonctionne avec une activité plus ponctuelle, notamment parce que mes mandats me prennent beaucoup de temps, mais j’y reste attaché et elle continue d’exister.

Que vous a apporté cette double expérience ?
Jean-Christophe Repon

Le collectif, déjà. Et aussi le goût du risque. Dans ma vie, j’ai souvent fait des choix sans avoir toutes les garanties, mais parce que j’étais convaincu que c’était le bon choix. Si je ne vibre pas, je fais autre chose.

Comment êtes-vous entré à la Capeb ?
Jean-Christophe Repon

Quand j’ai repris l’entreprise, j’ai repris l’adhésion de mon père. Très vite, on m’a proposé de m’investir dans des mandats locaux, puis je me suis engagé plus fortement à partir de 2006. Je me suis pris au jeu, parce que je retrouvais ce que j’aimais : construire collectivement, écouter, confronter les points de vue.
Je me suis aussi formé, notamment à l’école des cadres. Comme dans le sport, j’ai travaillé mes faiblesses pour être plus pertinent, plus crédible sur les sujets que je ne maîtrisais pas.

Qu’est-ce qui vous a poussé à briguer la présidence ?
Jean-Christophe Repon

Un sentiment d’injustice. J’ai eu le sentiment que la Capeb était fragilisée, sous pression, et que nous n’étions pas assez forts pour défendre les artisans. Nous étions nombreux, nous devions être capables de faire mieux.

Avec le recul, quelles sont vos principales satisfactions ?
Jean-Christophe Repon

D’avoir remis la Capeb dans le débat. Quand je suis arrivé, il fallait des mois pour obtenir un rendez-vous avec un ministre. Aujourd’hui, nous sommes écoutés. Ce n’est pas une question d’ego, c’est important pour la reconnaissance des artisans et pour que leurs réalités soient prises en compte.

« Nous n’avons pas écrit de programme. Nous construisons au fur et à mesure, en fonction des sujets. Avec une priorité constante : la place des TPE dans les politiques publiques et l’accès à l’activité, qu’il s’agisse de fiscalité ou de dispositifs de soutien. »

Vous avez aussi engagé une transformation interne…
Jean-Christophe Repon

Oui. Nous avions identifié un certain nombre de dysfonctionnements et nous avons lancé un plan de transformation. L’idée n’était pas de tout renverser, mais de mieux travailler : plus de collectif, plus de consultation, des décisions construites avec le réseau. Aujourd’hui, cela paraît naturel, mais ça ne l’était pas du tout avant.

Quels sont les chantiers prioritaires aujourd’hui pour défendre l’activité des artisans ?
Jean-Christophe Repon

Nous sommes sur des sujets très concrets d’accès au marché. Sur la rénovation énergétique, nous nous sommes battus pour faire évoluer le dispositif RGE, qu’il soit plus simple et accessible pour les petites entreprises en défendant l’idée d’un RGE obtenu par VAE [validation des acquis de l'expérience, ndlr].
Nous travaillons aussi sur le parcours de rénovation, avec l’idée de permettre des rénovations globales mais en plusieurs étapes, parce que tout le monde ne peut pas tout faire en une fois.
Il y a également la REP PMCB. Nous avons alerté sur les difficultés très concrètes pour les artisans. Nous avons obtenu des premières avancées, mais nous restons vigilants sur la mise en œuvre.
Derrière tout cela, l’enjeu est simple : permettre aux artisans d’accéder aux marchés, de travailler et de vivre de leur métier.

 

« Mon message aux artisans...Aux adhérents, je dis qu’on doit encore s’améliorer pour mieux les accompagner. Et aux non-adhérents, je dis que l’avenir passera par le collectif. Dans un contexte de crises répétées, on est toujours plus fort ensemble. S’ils veulent que leur voix compte, il faut qu’ils rejoignent le collectif. »

Le renouvellement des générations est-il en marche à la Capeb ?
Jean-Christophe Repon

Oui, mais avec des contraintes. Dans les TPE, le temps est limité. Dans nos entreprises, l’absence du dirigeant a un impact direct sur l’activité. Nous adaptons donc nos modes de fonctionnement. Nous voyons arriver des jeunes, plus de femmes. Je suis plutôt optimiste, à condition que le modèle économique tienne.

Quelles sont vos inquiétudes pour le secteur ?
Jean-Christophe Repon

L’accès au marché reste le sujet principal. Le neuf va rester contraint, et nous voyons émerger des modèles qui peuvent fragiliser les artisans : concentration d’un côté, micro-entreprises précaires de l’autre. Il faut rester très vigilants.

Ce sentiment d’injustice reste votre moteur ?
Jean-Christophe Repon

 Oui. C’est ce qui me tient. Je ne supporte pas que l’on considère que les artisans ne sont pas capables et secondaires. Et tant que ce sera le cas, je continuerai à me battre !

 

À Matignon, des engagements pour les artisans

Reçu le 27 avril à Matignon par Sébastien Lecornu pour déjeuner, le président de la Capeb a obtenu plusieurs engagements face à la crise.
•    Sur les coûts et l’énergie, le gouvernement confirme l’extension du dispositif GNR aux métiers du Bâtiment (maçons, charpentiers, couvreurs) et ouvre des travaux pour mieux encadrer les hausses de prix, avec une possible obligation de justification par les industriels.
•    Sur la transition énergétique, un état des lieux des besoins des artisans sera lancé pour l’électrification des flottes, avec des pistes de financement (leasing, CEE), tout en maintenant une trajectoire progressive incluant le gaz vert.
•    Côté rénovation, l’exécutif s’engage à stabiliser les aides (MaPrimeRénov’, CEE) et à sécuriser la place des entreprises artisanales dans la montée en charge des travaux, avec une approche par étapes des parcours de rénovation.
La Capeb dit rester vigilante sur la mise en œuvre rapide de ces engagements.

Journaliste depuis plus de 20 ans, Marie-Laure dirige les rédactions du Pôle Bâtiment de Zepros depuis 2014, pilotant contenus et événements autour des enjeux de transition écologique, numérique, réglementaire et d’innovation.
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