Électricité : l'été, la saison de tous les dangers
Canicules à répétition, sécheresse inédite, espèces invasives... L'été n'a pas été de tout repos pour le secteur énergétique en France et en Europe. Les conditions météorologiques - nées d'un climat en évolution - ont perturbé le fonctionnement de quasiment toutes les filières de production du nucléaire à l'hydroélectricité en passant par les autres renouvelables. Tour d'horizon.
La production d’énergie a un impact direct sur le climat. Mais la réciproque est également vraie : le climat modifie profondément la production d’énergie, notamment d’électricité. Dès la mi-juillet, les fortes températures et le faible débit des cours d’eau ont commencé à perturber le parc nucléaire français. EDF a été contrainte de réduire la puissance de plusieurs réacteurs refroidis par des cours d’eau. Cela a notamment été le cas pour Bugey 3 (sur le Rhône), Golfech 2 (sur la Garonne) et Chooz (sur la Meuse). À la mi-juillet, près de 7,4 GW de puissance étaient indisponibles pour des raisons liées à la chaleur et au niveau des eaux. Mais cela ne s’arrête pas là : le phénomène de canicule sous-marine a également frappé la Méditerranée dont la température moyenne a dépassé les 29 °C. Ce qui a limité le refroidissement possible de la centrale à gaz de Martigues (Bouches-du-Rhône) !
Au début du mois d’août, c’est en Mer du Nord que la nature a de nouveau contrarié la production nucléaire : trois réacteurs de Gravelines ont été mis à l’arrêt (et le quatrième passé à 50 % de sa puissance) après l’arrivée massive de méduses. Ces organismes qui prolifèrent dans les eaux plus chaudes, ont partiellement bouché les prises d’eau de refroidissement de la centrale. Un épisode qui s’était déjà produit en 2025 à la même période et qui oblige à repenser certains systèmes de protection.
Réchauffement global, problématique mondiale
Nos voisins ont également été impactés. En Roumanie, le niveau historiquement bas du Danube a conduit au mois d’août à l’arrêt successif des deux réacteurs de la centrale de Cernavodă, qui fournit 20 % de l’électricité du pays. La situation du fleuve amenait les mêmes conséquences en Hongrie, où les quatre réacteurs de la centrale de Paks fournissent près de la moitié du courant.
De même, la sécheresse a impacté la production hydroélectrique en France. Après un printemps plutôt favorable, la quantité de courant générée par les barrages a fortement diminuée au cours de l’été. Au mois d’août, EDF a produit 2,1 TWh avec les retenues d’eau, en recul de -12,4 % par rapport à août 2025. Une partie des réserves a d’ailleurs été mobilisée pour maintenir le débit des cours d’eau. Ce fut notamment le cas sur la Garonne où 30 millions de m3 ont été relâchés depuis le début du mois de juillet. En Europe, la sécheresse a provoqué une véritable chute de la production hydroélectrique mettant parfois en cause la sécurité d’approvisionnement.
Pendant une canicule, le soleil brille : le photovoltaïque pourrait sembler être la solution idéale ? Mais la production des panneaux diminue de 10 à 25 % aux heures les plus chaudes en raison de la baisse du rendement liée à la surchauffe des cellules. La saison estivale est également moins propice à la production éolienne. En juillet, les vents faibles ont fait reculer la production, en lien avec les périodes anticycloniques. Mi-août, la production éolienne allemande était de seulement 4,7 GW, soit environ -60 % sous la moyenne saisonnière attendue. Il n’existe donc pas de réponse idéale du côté de la production. La véritable réponse réside de ce fait dans la sobriété énergétique : tout devra être fait pour éviter de consommer ces électrons que l’été nous empêche d’obtenir.