Jean-Christophe Repon réélu président de la Capeb
Pour son 3e mandat de président, Jean-Christophe Repon aurait sans doute aimé débuter avec une plus grande sérénité. Mais la hausse des prix de l'énergie et les annonces gouvernementales sans réelle concertation avec la filière de l'artisanat du bâtiment exaspèrent le dirigeant de la Capeb...
Le conseil d’administration, réuni ce 23 avril, a « renouvelé sa confiance à Jean-Christophe Repon » a annoncé la Capeb. Cette réélection pour trois années supplémentaires n'est pas vraiment une surprise et ce 3ème mandat s'annonce à nouveau sous le signe de la combativité. Lors de la conférence organisée dans la foulée, plusieurs dossiers ont été évoqués sur lesquels il aimerait que la voix de l'artisanat soit enfin écouté, qu’il s’agisse de MaPrimeRénov’, de RGE ou de REP PMCB. Il s’est tout d’abord dit très heureux et fier d’avoir reçu la confiance de l’ensemble du réseau Capeb pour un nouveau mandat qui lui donnera encore l’occasion de défendre les artisans de la construction. Mais Jean-Christophe Repon, arrivé à la tête de la confédération en 2020, en pleine crise sanitaire, a rapidement évoqué la situation économique : « L’artisanat du bâtiment fait face à une récession majeure depuis maintenant 2 ans et l’activité est encore en baisse au 1er trimestre 2026, avec -2,5 % sur le neuf, -1 % en travaux d’entretien-amélioration et -1,5 % en rénovation énergétique. La tendance est également négative sur l’emploi (-2,2 %) ». À tel point que les perspectives pour l’ensemble de l’année 2026 vont être revues à la baisse prochainement.
Face à cette énième crise – après le Covid, après la flambée des prix post-Covid, après la guerre en Ukraine – la Capeb rappelle une nouvelle fois ses propositions au gouvernement. Dont la création d’un observatoire des prix afin de suivre et comprendre les raisons réelles de l’inflation constatée sur les produits de la construction : coût des matières premières ? coût des opérations de transformation ? coût du transport ? Mais le président de la Capeb semble dire que jusqu’ici, l’idée a été freinée par les industriels eux-mêmes, peu enclins à fournir des détails à leurs concurrents. La Capeb rappelle que lors de la dernière flambée des prix (en 2022) moment où les cours de l’acier et d’autres matériaux s’étaient envolés en raison de la reprise de l’économie asiatique, cela avait entraînée deux années de difficultés pour les professionnels. Car des prix plus élevés signifient des difficultés pour les ménages à lancer des travaux et une tendance pour les artisans à rogner sur leurs marges.
« Nous ne voulons pas des aides, ce que nous voulons c’est de l’activité ! », Jean-Christophe Repon
Le président de la Capeb souligne que de gros efforts ont été consentis pour le logement neuf avec le dispositif Jeanbrun, et que les professionnels attendent désormais les mêmes attentions pour la rénovation. « C’est la crise de trop pour les artisans. Des mouvements de mécontentement ont déjà eu lieu en Maine-et-Loire, dans l’Aveyron, dans le Jura », ajoute-t-il, évoquant la possibilité d’un mouvement de plus grande ampleur si rien n’était fait. « Un premier geste d’écoute a été fait pour le GNR avec un alignement pour le BTP sur le même niveau que les agriculteurs et les pêcheurs ». Mais c’est un bien petit effort selon lui. Jean-Christophe Repon espère que le taux de TVA sur les travaux de rénovation sera donc revu à la baisse, le faisant repasser de 10 % à 5,5 %. « Les TPE ont besoin d’une écoute particulière ».
Car si le ministre Jeanbrun semblait aller dans le bon sens vendredi, lors de l’Assemblée générale de la Capeb à laquelle il était présent, les annonces sur le plan d’électrification n’ont pas été bien accueillies par Jean-Christophe Repon qui parle de décision brutale et non concertée. « Le plan d’électrification annoncé aujourd’hui amène des arbitrages sur MaPrimeRénov’ qui feront qu’une rénovation d’ampleur ne pourra plus se faire si on ne remplace pas un chauffage carboné par un électrique, à compter du mois de septembre », annonce-t-il avant de faire remarquer : « Il va y avoir un problème dans du Haussmannien pour poser des PAC partout… ». Selon le président confédéral, ces annonces ne sont donc pas positives, ni pour les particuliers, ni pour les professionnels. La Capeb, qui ne se prononce pas en faveur d’une énergie ou d’une autre mais pour la décarbonation, souhaite que l’on priorise la sobriété avant tout, et donc l’isolation. « Nous sommes en train de rater une marche avec cette décision arbitraire », s’étouffe Jean-Christophe Repon. « D’autant qu’en parallèle, nous travaillons sur le parcours de rénovation auquel le ministre Jeanbrun semblait favorable… » Peut-être que l’idée refera surface dans le projet de loi Logement à venir ? C’est l’espoir de la Capeb.
Interrogé sur la révision du RGE avec la validation des acquis de l’expérience (VAE), Jean-Christophe Repon s’est montré critique envers les organismes de qualification (Qualibat, Qualit’EnR, Qualifelec…) qui ne joueraient pas le jeu du RGE "chantier par chantier" et proposeraient plutôt des statuts probatoires. « Nous voulons un audit chantier à une centaine d’euros, et pas à 500 € comme ils le proposent actuellement en mettant dans la balance qu’un statut probatoire serait finalement moins cher sur 3 ans ». Remonté, le président va jusqu’à évoquer une suppression du RGE et son remplacement par d’autres marques de qualité digitales afin que ces mentions ne restent pas l’apanage « d’un Rotary club du RGE » mais que les 54 000 entreprises qualifiées passent à 100 ou 150 000. La guéguerre avec la FFB se joue également sur le terrain de la REP PMCB où la Capeb serait la seule à défendre la reprise gratuite des déchets, « là où la FFB estime que ce serait une concurrence déloyale pour les grands groupes ». Mais lorsqu’on demande à Jean-Christophe Repon s’il connaît le nouveau président de la Fédération du Bâtiment, il répond : « Je l’ai rencontré sur BIM World. Le but est de travailler avec lui ». Peut-être parviendront ils à s’entendre entre méridionaux amateurs de rugby finalement ?
Bio express : Du terrain aux ministères, l'esprit de combat !
Né en 1967 à La Valette-du-Var, Jean-Christophe Repon grandit dans une famille d’électriciens. Après un parcours en mathématiques, philosophie puis STAPS, il s’oriente d’abord vers le sport de haut niveau. Joueur de rugby au Rugby Club Toulonnais dans les années 1980-1990, il participe notamment à la victoire au championnat de France en 1992.
La même année, il reprend l’entreprise familiale d’électricité, obtient un CAP et transforme l’activité en société en 1995. Une blessure met un terme à sa carrière sportive en 2003. Il s’engage alors dans la représentation professionnelle et rejoint la CAPEB en 2006.
Au fil des années, il occupe plusieurs responsabilités dans la filière, dont la présidence de Constructys (2015-2018) et du CCCA-BTP (2016-2020). Il prend la tête de la Capeb en 2020 et attaque donc en 2026 son troisième mandat.