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Relance du Logement : réactions mitigées au plan gouvernemental

, mis à jour le 24/04/2026 à 17h42
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S.Lecronu et V.Jeanbrun

Le gouvernement a choisi Marseille pour dévoiler, le 23 avril, son plan de relance du Logement, porté par Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun. Un texte présenté comme une réponse immédiate à une crise structurelle qui, selon l’exécutif, a fait perdre en vingt-cinq ans l’équivalent de 25 m² de pouvoir d’achat immobilier aux Français.

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Le constat posé par le gouvernement rejoint celui des professionnel. C'est celui d’un marché durablement grippé, marqué par des taux d’intérêt élevés et un accès au logement devenu un facteur de blocage des parcours résidentiels. Derrière cette analyse, Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun veulent afficher une inflexion rapide avec un projet de loi conçu comme une « boîte à outils » opérationnelle.

Premier axe, l’élargissement des politiques de renouvellement urbain. Le troisième programme porté par l’État ne se limite plus aux quartiers prioritaires, mais s’étend aux centres-villes abandonnés, aux territoires ruraux et aux villes moyennes. L’ambition affichée dépasse le seul logement pour intégrer sécurité, services publics et développement économique, avec en ligne de mire une transformation durable des territoires jugés « déclassés ».

Simplifier les autorisations

Deuxième levier, l’accélération des opérations de construction. Le gouvernement veut réduire des délais aujourd’hui jugés incompatibles avec les cycles politiques locaux. Le dispositif d’« Urgence Relance Logement » doit permettre aux projets validés par les préfets d’être instruits plus rapidement. Une autorisation de construire unique est également prévue, ainsi qu’un encadrement des recours, afin de contenir les blocages juridiques. L’objectif est clairement affiché : livrer les opérations dans la durée d’un mandat municipal.

Sur le plan économique, l’exécutif maintient le cap des 2 millions de logements produits d’ici 2030. Pour soutenir l’investissement, le dispositif fiscal destiné aux bailleurs privés est assoupli, notamment avec son extension aux maisons individuelles dans l’ancien et l’abaissement du seuil de travaux requis. Une simplification des exigences énergétiques est également annoncée.

F et G à louer sous conditions

Le volet le plus immédiat concerne la remise sur le marché de logements aujourd’hui vacants pour des raisons énergétiques. Le texte prévoit d’autoriser la location de biens classés F et G à condition d’engager des travaux dans un délai de trois à cinq ans. Près de 700 000 logements pourraient ainsi être remis en circulation, selon le gouvernement, afin de provoquer un choc d’offre locative.

Enfin, le projet renforce le rôle des maires, notamment dans l’attribution des logements sociaux et la définition de critères adaptés aux réalités locales. Une orientation qui s’inscrit dans une logique de décentralisation accrue des politiques de l’habitat.

La Fédération Française du Bâtiment salue la priorité donnée au logement, mais elle reste prudente sur la portée réelle du plan. Son président, Olivier Salleron, évoque une stratégie « de petits pas » encore soumise à des arbitrages budgétaires et parlementaires. La fédération note positivement l’assouplissement du dispositif « Jeanbrun » dans l’ancien et son ouverture à la maison individuelle, mais regrette l’exclusion du neuf. Elle estime que lever cette limite est indispensable pour atteindre les objectifs de production. Elle soutient en revanche l’accélération des procédures administratives, tout en alertant sur le risque de sous-financement du futur programme de renouvellement urbain et sur l’absence de concertation suffisante concernant les évolutions du diagnostic de performance énergétique.

Scepticisme ou même rejet

Du côté des acteurs du marché, si PAP accueille favorablement le principe d’un assouplissement des règles encadrant la location des passoires thermiques, jugé nécessaire pour éviter une contraction de l’offre, sa présidente, Corinne Jolly, considère toutefois que le dispositif annoncé souffre d’une complexité excessive. Entre conditions, délais différenciés et contrôles, elle redoute une mesure « illisible » et difficilement applicable, qui viendrait s’ajouter à un corpus réglementaire déjà jugé trop dense.

La réaction du collectif Rénovons est plus tranchée. Il dénonce un recul majeur de la politique de rénovation énergétique issue de la loi Climat et Résilience. Selon le collectif, le passage d’une obligation de résultats à un engagement de travaux affaiblit considérablement l’efficacité du dispositif. Il pointe l’absence de garanties réelles quant à la réalisation des travaux, faute de contrôles et de sanctions suffisants, et alerte sur les effets d’aubaine pour certains propriétaires. Le collectif souligne également que les freins structurels à la rénovation – financement, complexité technique, contraintes en copropriété – ne sont pas traités. Il met enfin en garde contre un transfert du coût social vers les locataires, qui pourraient rester durablement dans des logements énergivores sans amélioration tangible.

Entre volonté d’accélération, recherche de simplification et ajustements sur la rénovation énergétique, le plan présenté à Marseille marque une tentative de relance rapide du secteur. Reste à savoir si les arbitrages budgétaires et les débats parlementaires permettront de transformer cette boîte à outils en véritable levier de production et de rénovation.

Journaliste depuis plus de 20 ans, Marie-Laure dirige les rédactions du Pôle Bâtiment de Zepros depuis 2014, pilotant contenus et événements autour des enjeux de transition écologique, numérique, réglementaire et d’innovation.
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