L’électrification flexible de la chaleur, levier stratégique selon Engie
La production de chaleur reste au cœur des émissions industrielles en Europe. Pour Engie, l’électrification des usages thermiques, associée à des systèmes hybrides gaz-électricité et à des mécanismes de flexibilité, constitue une réponse structurante. Décryptage avec Pierre Cheyron, vice-président marketing et développement industrie.
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et les enjeux de souveraineté énergétique, la décarbonation de la chaleur industrielle apparaît comme un chantier prioritaire. Aujourd’hui, près de 75 % des besoins thermiques industriels reposent encore sur des énergies fossiles. Pour Pierre Cheyron, la France dispose toutefois d’un avantage structurel. « La France bénéficie d’un mix électrique fortement décarboné, offrant un levier majeur pour accélérer la décarbonation industrielle », souligne-t-il.
L’enjeu dépasse la seule réduction des émissions. « En mobilisant la flexibilité des usages, les industriels contribuent à la stabilité du système électrique tout en valorisant une énergie locale, compétitive et bas carbone », explique-t-il. Autrement dit, l’électrification industrielle ne se limite pas à substituer une énergie à une autre : elle participe aussi à l’équilibrage du réseau. « Cette approche permet de conjuguer performance économique, résilience du système et trajectoire de décarbonation », insiste Pierre Cheyron.
La chaleur industrielle, terrain prioritaire de l’électrification
La production de chaleur représente plus des deux tiers des besoins énergétiques industriels en Europe, ce qui en fait un levier majeur de transition. Selon Pierre Cheyron, la dynamique est déjà engagée : « Le virage vers l’électrification est bien identifié par l’industrie et inscrit dans de nombreuses feuilles de route de décarbonation. » L’évolution technologique renforce cette perspective. « Près de 80 % des usages thermiques industriels sont techniquement électrifiables d’ici à 2035 », précise-t-il.
Dans ce contexte, les chaudières électriques apparaissent comme une solution structurante. « Elles permettent de substituer progressivement les chaudières fossiles par une chaleur bas carbone, pilotable et compétitive », explique Pierre Cheyron. Leur intérêt repose aussi sur des aspects opérationnels : installation simplifiée, maintenance réduite et rendements élevés. « L’absence de combustion améliore la disponibilité des installations tout en limitant les investissements d’infrastructure », ajoute-t-il.
L’hybridation gaz-électricité, clé de la résilience énergétique
Pour autant, l’électrification ne signifie pas l’abandon immédiat du gaz. Engie défend une logique de mix énergétique hybride. « La principale valeur des chaudières électriques réside dans leur capacité à s’intégrer facilement dans des systèmes combinant gaz et électricité », souligne Pierre Cheyron.
Dans ce modèle, chaque énergie conserve un rôle spécifique : le gaz sécurise la puissance et la continuité de service, tandis que l’électricité est utilisée prioritairement lorsque les conditions économiques et carbone sont favorables. « Cette complémentarité renforce la résilience énergétique des sites industriels », résume-t-il.
Cette hybridation permet également d’intégrer les mécanismes de flexibilité. « La modularité des chaudières électriques permet d’optimiser la participation aux marchés de flexibilité énergétique », indique Pierre Cheyron, évoquant notamment la réserve secondaire du réseau.
Le pilotage énergétique, nouveau levier de compétitivité
Le principal frein reste aujourd’hui la volatilité du prix de l’électricité. Pour y répondre, Engie met en avant des solutions de pilotage dynamique. « Nous assurons l’activation ou la désactivation de la chaudière électrique en fonction des sollicitations du réseau tout en garantissant en permanence la disponibilité de la chaleur », explique Pierre Cheyron.
Au-delà de la technologie, le modèle repose sur une approche contractuelle globale. « Nous nous engageons à livrer une chaleur décarbonée à un coût maîtrisé, compétitif par rapport à la situation de référence fossile », précise-t-il. L’objectif visé : « Concilier transition énergétique et compétitivité industrielle sans pénaliser les équilibres économiques existants. »
La chaleur industrielle, un gisement majeur de décarbonation
- Plus des deux tiers de l’énergie industrielle en Europe concernent la production de chaleur.
- Environ 75 % de cette chaleur est encore issue d’énergies fossiles.
- 80 % des usages thermiques industriels pourraient être électrifiés avant la fin 2035.
- Les chaudières électriques permettent d’intégrer des mécanismes de flexibilité réseau.