Un parking obsolète métamorphosé en résidence sociale
C'est une tendance lourde de l'immobilier : la voiture cède sa place à d'autres usages, sur les voies publiques et dans le parc construit. À Paris, où le foncier est plus que rare, les vieux garages de moins en moins employés et trop coûteux pour être remis aux normes se transforment donc en espaces habitables à reconquérir.
Le projet aura mis longtemps à se concrétiser, mais le résultat est à la hauteur : un vieux parking sous-exploité du 17e arrondissement parisien a été transformé en confortable résidence sociale. Pour la RIVP, tout a débuté il y a 10 ans, avec une première étude de faisabilité concernant ce parking aérien des années 1930, surélevé de quatre niveaux dans les années 1950. L’immeuble, finalement vendu, est préempté par la régie immobilière pour y développer du logement social. Un concours est donc lancé en 2019 pour un programme portant sur 80 à 85 logements, soit en déconstruction-reconstruction, soit en restructuration de l’existant. Cinq candidatures sont enregistrées, et l’agence gagnante est désignée à la fin de 2019.
Les architectes associés de NZI, Sandra de Giorgio et Gianluca Gaudenzi, expliquent : « La parcelle, enclavée, était une méga dent-creuse. Le but a été de libérer des vues et d’enlever de la matière pour passer de 4 500 à 2 500 m² de surfaces. D’où la séparation en deux bâtiment distincts ». Leur projet consiste à conserver des vestiges de l’ancien parking – la trame de poteaux béton notamment – tout en créant des espaces agréables, y compris une cours parisienne réinventée.
Un contexte particulièrement contraint
« Techniquement, il a fallu couper les planchers de 10 cm d’épaisseur sur 14 mètres de large, sans que les deux bâtiments ne se déforment. Les fondations ont été excavées sur 3 mètres et renforcées », poursuivent les maîtres d’œuvre. Seul le bâtiment sur rue a entièrement été déconstruit pour être remonté en CLT. Ailleurs, la structure béton a été préservée et complétée de chapes et faux plafonds (pour l’acoustique), fermée par des façades à ossature bois et isolation biosourcée. La résidence y gagne de nombreux points pour atteindre le niveau E3C1 et décrocher le label Biosourcé. Mais les travaux sont longs : 36 mois. Il faut notamment modifier, en cours de route, l’épaisseur des cadres acier qui viennent habiller les façades bois afin de les protéger contre les incendies dans une réglementation changeante.
Le résultat reste bluffant : deux bâtiment parallèles, distribués par un jardin de 300 m² en cœur d’îlot, et des cages d’escaliers qui s’insèrent dans l’ancienne trame du parking. Tous les logements regardent vers la cour et bénéficient d’une bonne luminosité, même si les étages supérieurs sont forcément favorisés par rapport à ceux – adaptés aux PMR – qui sont en rez-de-jardin. Les appartements T1 vont de 18 à 33 m² et seront proposés à un public précaire contre un loyer modéré. À l’intérieur, les couloirs de circulation sont revêtus de sols en linoléum pour une grande durabilité, tandis que le chauffage est assuré par le réseau de chaleur urbain au moyen de radiateurs simples dépourvus d’un quelconque pilotage. Quant à la ventilation, elle est signée France Air.
Cette métamorphose n’est pas un exemple isolé : quelques rues plus loin, toujours dans le 17e arrondissement, Dumez Ile-de-France restructure le garage Lemercier, grand bâtiment Art Déco de 1926, en espaces tertiaires modernes et confortables (BREEAM et BBCA). Une tendance de fond donc dans l’immobilier.
Fiche technique :
Projet : reconfiguration d’un ancien parking en résidence service de 82 appartements
Surfaces : 4 125 m² avant travaux – 2 450 m² après restructuration
Maître d’ouvrage : RIVP/Hénéo
Maître d’œuvre : NZI Architectes (Paris)
Bureaux d’études : I+A (structure), B52 (fluides), Etamine (HQE), Ecallard (économiste)
Entreprise générale : Genere
Labels : NF Habitat HQE Effinergie Rénovation, E3C1, Biosourcé niveau 1, BIM 2
Budget : 9 M€ HT
Calendrier : concours en 2019, livraison en décembre 2025