« Le marché des EnR ne ralentit pas : il se transforme ! »
Dans un contexte marqué par l’instabilité des dispositifs d’aides et un manque de lisibilité réglementaire, les filières des énergies renouvelables dans le bâtiment traversent une phase de transition. Malgré ces incertitudes, la dynamique reste soutenue, portée par une demande structurelle et une montée en exigence du marché. André Joffre, président de Qualit’EnR, revient sur les évolutions du secteur, les défis des entreprises et les perspectives à l’horizon 2026.
L’année 2025 a été clairement chahutée, avec un effet direct des ajustements successifs des dispositifs d’aides et du manque de visibilité réglementaire. Cela a généré de l’attentisme et fragilisé certaines entreprises. Pour autant, il ne faut pas céder au découragement. Le secteur des énergies renouvelables a déjà traversé des périodes complexes et a toujours su rebondir. Il est aujourd’hui solidement installé dans le paysage énergétique français, mais il a besoin de stabilité pour transformer cette demande en réalisations concrètes. La demande de fond reste plus présente que jamais, portée par les enjeux climatiques mais aussi économiques avec la crise énergétique qui s’annonce. Dans un monde incertain, les énergies renouvelables offrent une forme de stabilité, notamment en termes de coût de l’énergie.
Ce dynamisme s’explique par une évolution de fond : la qualification ne se résume plus à un simple accès aux aides, elle redevient un véritable marqueur de qualité et de crédibilité sur le marché. Les entreprises font le choix de s’inscrire dans une démarche de qualité durable pour structurer leur activité, monter en compétence et se différencier sur un marché plus exigeant. Elle constitue également un repère pour les particuliers, qui y voient un gage de sérieux, de maîtrise technique et de conformité des installations. Autrement dit, la qualification s’impose comme un standard de confiance, bénéfique à la fois pour les entreprises, dans leur développement, et pour les clients, dans la sécurisation de leurs projets.
Après plus de 12 années de croissance continue, dont plusieurs années très dynamiques, on observe aujourd’hui une forme de stabilisation. Cela peut en effet traduire une entrée dans une phase de maturité du système. Mais cette maturité est positive : elle s’accompagne d’une montée en exigence, d’une meilleure structuration du marché et d’un recentrage sur la qualité des installations et la pertinence des solutions proposées. Le marché ne ralentit pas, il se transforme, avec une approche plus globale et plus exigeante, et une structuration progressive de l’offre et des acteurs.
« Il est essentiel de rétablir la confiance et de donner des repères clairs aux particuliers comme aux professionnels. »
Il y a trois volets interconnectés. Premièrement, l’électrification des usages et la complémentarité des solutions (PAC, solaire, biomasse, systèmes hybrides). Ensuite, le rôle clé du stockage de l’énergie, devenu indissociable du déploiement massif des énergies renouvelables. Et enfin l’apport de l’intelligence artificielle pour optimiser la production, la gestion et la distribution de l’énergie. À cela s’ajoute un enjeu majeur de pédagogie : dans un contexte instable, il est essentiel de rétablir la confiance et de donner des repères clairs aux particuliers comme aux professionnels.
Le modèle évolue vers des solutions combinées, pensées à l’échelle du logement et des usages réels des occupants : pompe à chaleur réversible couplée au photovoltaïque, systèmes hybrides, PAC/chauffage au bois... Si l’objectif a toujours été d’adapter les équipements aux besoins du foyer – composition du foyer, habitudes de consommation, configuration du bâti –, aujourd’hui il est essentiel de les articuler intelligemment pour optimiser la performance globale et maîtriser la facture énergétique dans la durée.
L’électricité n’a pas la même valeur tout au long de la journée. Le stockage est déjà une réalité, notamment dans les projets photovoltaïques en autoconsommation. Il permet de faire coïncider la production d’électricité avec les besoins du foyer. L’intelligence artificielle est, elle, déjà intégrée dans les offres de stockage. Elle permet de piloter de façon optimale l’usage des batteries. 2026 sera l’année de l’émergence de la "batterie intelligente" sur le marché.
Les entreprises expriment une réelle inquiétude liée au manque de lisibilité et les effets de "stop and go" des aides ont installé un climat d’attentisme. Cela se traduit par des reports de projets, des difficultés de planification et une prudence accrue dans les investissements. Mais la crise énergétique qui se profile risque de changer résolument la donne. Dans le passé, les chocs énergétiques se sont toujours traduits par un regain d’intérêt pour la maîtrise de l’énergie.
« Il existe des enjeux de recrutement et de montée en compétence, dans un contexte d’évolution rapide des technologies. »
Le premier défi reste la visibilité économique : sans cadre stable, il est très difficile de se projeter. L’instabilité complique la planification, l’investissement et le développement des entreprises. S’y ajoutent des enjeux de recrutement et de montée en compétence, dans un contexte d’évolution rapide des technologies.
Qualit’EnR agit comme un repère de confiance dans un environnement incertain. En structurant les qualifications et en veillant au niveau de compétence des professionnels, notre association contribue à crédibiliser l’ensemble de la filière et à sécuriser les parcours de travaux pour les particuliers, qui peuvent s’appuyer sur des entreprises identifiées et engagées dans une démarche qualité. C’est un rôle d’autant plus essentiel que les attentes en matière de qualité et de performance sont élevées.
Les priorités s’inscrivent dans la continuité : accompagner la montée en compétence des professionnels et soutenir le développement des énergies renouvelables dans le bâtiment. Cela passe par l’adaptation des qualifications aux évolutions technologiques, le renforcement des exigences de qualité et la simplification des parcours pour les entreprises. L’enjeu est clair : permettre à la filière de changer d’échelle tout en maintenant un haut niveau de confiance. Plus que jamais, nous devons mobiliser l’ensemble de la filière pour renforcer la confiance et valoriser le savoir-faire des entreprises qualifiées auprès des particuliers.
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