Réhabilitation lourde, poids carbone allégé
À Antony (Hauts-de-Seine), un immeuble de bureaux obsolète sera transformé en confortables appartements dont les performances seront équivalentes à du neuf RE2020 seuil 2031. La réhabilitation lourde permet en effet d'économiser de précieux kg de CO2 sur la structure et les fondations. Explications avec les porteurs du projet.
Personne n’en doutait vraiment, mais il s’avère bien plus durable de transformer un immeuble de bureaux obsolète en logements que de le déconstruire totalement pour y reconstruire un bâtiment entier, fût-il en matériaux biosourcés. Le spécialiste de la question Kareg a fait tous les calculs, comparant ses opérations de réhabilitation à des constructions neuves RE2020 répondant aux seuils 2028 et 2031. Et la réponse apparaît clairement : même une solution vertueuse comme la construction bois arrive à une empreinte carbone d’environ 580 kg/m², ce qui est certes mieux que des matériaux classiques (650 kg/m²), mais qui reste beaucoup plus élevé que l’empreinte d’une réhabilitation bien faite (400 kg/m²).
C’est notamment le cas pour un immeuble de bureaux typique des années 1990, implanté à Antony (Hauts-de-Seine), cédé par une SCPI qui ne lui voyait plus d’avenir dans le tertiaire au moment où l’offre est bien supérieure à la demande. Kareg se porte acquéreur et prévoit de gros travaux pour le transformer en logements. Raphaël Tréguier (dirigeant de Kareg), raconte : « Il a des formes spéciales et un configuration qui fait un peu peur », avec des angles saillants et une cage d’escalier proéminente. « Une géométrie à rentre plus compatible avec du résidentiel », résume Carole Sinclair, architecte chargée de transformer l’édifice pour lui conférer une nouvelle image tout en optimisant les mètres carrés sans sortir du PLU.
Chantier raccourci, prestations supérieures
La structure est classique avec des façades porteuses en béton et des dalles coulées en place. Représentant la majeure partie de l’empreinte carbone de la construction, elle sera donc conservée. Mais le reste sera retravaillé pour correspondre davantage à l’architecture « de ville » : les façades en rapportant de la pierre et en créant moulures, corniches et appuis de fenêtres, intégration de balcons agrafés, reprise de maçonnerie en rez-de-chaussée. L’idée est également de rendre tous les futurs logements lumineux grâce à de larges baies vitrées et de tous les doter d’espaces extérieurs. L’ex-immeuble tertiaire se débarrassera de ses faux plafonds pour donner de beaux volumes aux étages (2,90 m). Pour l’exploitation des plateaux plus profonds, l’architecte indique : « Les espaces éloignés des façades seront utilisés pour les services : celliers, caves, garage à vélo… Il a également fallu rationaliser les circulations intérieures et se servir de la géométrie particulière de l’immeuble pour proposer des logements ‘uniques’ ».
Côté performances, la future résidence devrait atteindre les 47 kWh/m² grâce à une PAC collective air-eau (produisant également l’ECS) et une ventilation simple flux hygro-B. L’ITE sera réalisée en laine de bois sous enduit (ou sous pierre de taille agrafée). Quant au coût, il sera équivalent à une démolition-reconstruction pour un impact environnemental bien moindre : « Avec des fondations et une structure conservées, il n’y a pas de terrassements, pas de déconstruction, soit 40 % de coûts en moins », analyse Jérémy Dupré (Cap Synthèse). « Il y a aura des démolitions ponctuelles, des renforcements structurels, une recomposition des façades et circulations verticales ainsi que des créations d’espaces extérieurs ». À performance équivalente, ce chantier parviendra à raccourcir les délais par rapport à du neuf de 5 à 7 mois. Dernier détail, le prix : si le coût total de l’opération n’est pas encore connu (les entreprises n’ont pas toutes été désignées), l’objectif sera de parvenir à un prix de vente de 7 150 €/m² TTC (hors parking). Un chiffre qui se situe actuellement dans le haut de la fourchette pour Antony. Le prix de la qualité environnementale et de prestations supérieures.
Fiche technique :
Projet : transformation d’un immeuble tertiaire en logements
Surfaces planchers : 2 384 m² (initiale), 2 492 m² (après reconfiguration)
Logements : 32 (du T2 au T4/T5)
Maître d’ouvrage : Kareg, Cap Synthèse (promoteur, opérateur), Wild Trees (AMO)
Maître d’œuvre : Outsign (architecte)
Performance énergétique : 47 kWh/m²
Empreinte carbone : ~400 kg CO2/m²
Prix : 7 150 €/m²
Calendrier : mars 2025 (dépôt PC), septembre 2025 (obtention PC), mi-2026 à fin 2027 (chantier), 1er semestre 2028 (livraison)