[Elections FFB] « Je prépare ce programme depuis un an. Je suis prêt à agir immédiatement »
Activité, innovation, attractivité, influence…figurent parmi les priorités du programme de Frédéric Carré, candidat à la présidence de la FFB. Il détaille pour Zepros, son parcours de dirigeant, sa vision, et ses engagements syndicaux qu'il juge essentiels pour la profession.
J’ai 51 ans et je dirige le groupe Carré, spécialisé en métallerie et construction métallique. C’est une entreprise familiale créée par mon père en 1973. J’y ai grandi et je l’ai rachetée il y a 22 ans. Aujourd’hui, le groupe compte cinq sociétés implantées à Toulouse et à Bordeaux, pour 150 salariés. La plus importante regroupe 80 collaborateurs, la plus petite une dizaine.
Comme beaucoup d’enfants d’entrepreneurs, j’ai passé mes étés sur les chantiers. Lorsque j’ai intégré l’entreprise, j’ai gravi les échelons : conducteur de travaux, directeur de travaux, puis dirigeant. J’ai suivi un IUT Génie civil, puis des études en alternance à l’Institut français de gestion, avec une spécialisation en stratégie financière. J’ai également intégré l’École des jeunes dirigeants de la FFB. Cela m’a permis de racheter l’entreprise à mon père dans de bonnes conditions il y a 22 ans.
Quand j’ai racheté l’entreprise, j’ai voulu la faire grandir. Nous avons connu une croissance rapide : en trois ans, les effectifs sont passés d’environ 70 à 170 personnes. Le contexte était alors porteur. Puis est intervenue la crise des subprimes. La vie d’un chef d’entreprise n’est jamais un long fleuve tranquille. Il faut se battre pour maintenir les emplois et défendre l’entreprise. La société a beaucoup évolué pour s’adapter à un marché qui impose une exigence croissante en matière de coûts et d’efficacité. Nous devons nous adapter pour rester performants. Cela passe par l’investissement dans les moyens techniques. Mais aussi par la formation et l’accompagnement des équipes. Aujourd’hui, l’entreprise repose sur une direction générale forte qui accompagne son développement au quotidien. C’est essentiel, d’autant plus lorsque l’on est engagé dans la défense des intérêts de la profession.
L’entreprise est également orientée sur plusieurs axes de transformation durable : la féminisation, notre ancrage local, le soutien aux associations, le recyclage des déchets... Nous faisons valoir ces démarches auprès de nos clients. Le prix ne peut pas être le seul critère ; la RSE fait partie de notre positionnement depuis longtemps.
Oui, et ce, depuis mon entrée dans l’entreprise. J’ai été président des jeunes dirigeants de Haute-Garonne, puis président départemental, puis président régional d’Occitanie — mandat que j’exerce encore. Parallèlement, j’ai toujours été investi dans mon union de métiers. Je suis vice-président de l’Union des métalliers depuis 12 ans. Je siège également à l’exécutif national depuis six ans en commençant par piloter le développement de la fédération pour accompagner le recrutement dans les territoires. Puis il y a trois ans, j’ai été nommé premier vice-président, en charge des territoires et président du conseil des régions. La FFB est sûrement la plus belle fédération, la plus structurée, présente du national jusqu’au niveau départemental. Son ancrage territorial est sa plus grande force. Mon parcours me permet d’en avoir une compréhension. Parallèlement, je compte plusieurs engagements dans l’interprofession : je suis vice-président du MEDEF, vice-président de la chambre de commerce et engagé à Action Logement, où je préside Action Logement Immobilier au niveau national. Cela donne une vision concrète des enjeux économiques et de la politique du logement.
« Je suis un homme de métier, un homme de territoire. Et aussi un homme libre. Quand on est le président de la Fédération, on est président de tous les territoires et de tous les métiers. Ne porter le dossard de personne, c’est pouvoir défendre tout le monde. »
Notre profession souffre depuis des années. Notre fédération est déjà bien présente mais elle doit être encore plus offensive, plus active. Elle doit défendre le développement économique et social des entreprises dans un monde qui affronte des défis climatiques, démographiques, technologiques et économiques.
Je me définis comme un entrepreneur, et aussi un homme de combat. Je parle souvent de combat. Il y a trois ans, j’ai dû restructurer ma société. J’ai traversé la crise du Covid, la hausse des matières premières, et il a fallu réorganiser l’entreprise. Si aujourd’hui elle va bien, c’est parce que je me suis battu. Dans le même temps, je me suis cassé la colonne vertébrale à vélo. Je suis resté immobilisé sur un lit pendant trois mois. Si je suis là aujourd’hui, c’est aussi parce que je me suis battu. C’est cet état d’esprit que je veux porter à la tête de notre fédération : un président de combat et fier d’appartenir à la FFB.
J’ai identifié cinq axes prioritaires. En première position, le développement de l’activité, car sans activité, on n’embauche pas, on n’investit pas, on ne forme pas.
Il faut relancer le logement, notre marché historique, avec un plan simple, lisible et pérenne. Le secteur souffre de l’instabilité politique permanente. Il faut travailler sur les trois piliers : investisseurs, accession et logement social.
Il faut aussi relancer massivement la rénovation énergétique : nous sommes loin des objectifs annoncés. Enfin, investir les marchés émergents : silver économie, adaptation au risque climatique, transformation de bureaux en logements, accompagnement de la réindustrialisation.
J’ajouterais sur ce chapitre la volonté de mieux valoriser nos savoir-faire. Avec 2 à 3 % de marge, nous, le Bâtiment, sommes en bas de l’échelle. Je prône l’automatisation du paiement des intérêts moratoires, la sécurisation des garanties de paiement et l’accès des TPE-PME à la commande publique.
Mon deuxième point porte sur l’innovation. Nous devons accélérer. Pas pour le principe, mais pour la performance économique et sociale. Le Bâtiment investit sept fois moins que les autres secteurs en R&D. Il faut créer un fonds dédié et développer des outils simples, notamment pour les artisans qui représentent 70 % de nos adhérents. L’innovation peut aussi servir la santé, l’emploi, l’égalité femmes-hommes, l’accès au logement et la transition écologique.
Ma troisième priorité concerne l’attractivité de nos métiers. L’humain est au cœur de notre savoir-faire. Nous devons dire aux jeunes que le Bâtiment s’est modernisé, que les conditions de travail ont évolué, que les rémunérations sont attractives, que la féminisation est stratégique et que le secteur reste un ascenseur social. Nous devons mener des campagnes modernes, digitales, offensives.
« J’ai identifié cinq axes prioritaires. La première c’est le développement de l’activité, car sans activité, on n’embauche pas, on n’investit pas, on ne forme pas. »
Nous devons encore consolider notre ancrage local, soutenir nos fédérations départementales pour améliorer le service aux adhérents. Nous devons être capables de garantir à nos adhérents un service universel partout où ils se trouvent. Cela passe par une meilleure mutualisation des ressources, mais aussi, là encore par l’innovation. Le développement de l’intelligence artificielle au service des fédérations peut y contribuer. J’imagine par exemple la création d’un agent intelligent ou un “chat BTP” accessible en continu, riche pour répondre aux adhérents.
Oui, nous devons muscler notre stratégie d’influence. Je souhaite renforcer la cellule de lobbying pour peser davantage dans les arbitrages, y compris, à Bercy et en Europe, mais aussi repenser certaines doctrines pour réduire la dépendance de notre secteur aux aides publiques. La FFB peut être une véritable force de proposition pour par exemple coconstruire un plan de relance simple et pérenne, ou travailler sur le fameux choc de simplification. Les entreprises sont faites pour construire, pas pour gérer l’empilement normatif. Il faut remettre du bon sens dans l’aménagement du territoire et dans l’élaboration des politiques publiques.
Frédéric Carré : Je fais de la politique pour défendre les entreprises, qu’elles soient adhérentes ou non. Sur les sujets de fond, nous devrions nous retrouver. Je prône un combat commun. L’exemple de l’Alliance pour le logement montre que rassemblés, nous sommes plus forts. L’objectif est clair : créer de l’activité.
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