Équilibre des Énergies veut faire de l'électrification une priorité nationale
À l'approche de l'élection présidentielle, Équilibre des Énergies (EdEn) soumet aux candidats une feuille de route articulée autour de 17 lignes d'action et de 13 cahiers thématiques. L'organisation estime qu'il est urgent d'accélérer l'électrification des usages, de réduire progressivement la dépendance aux énergies fossiles et de renforcer la souveraineté industrielle. Dans le bâtiment, elle plaide notamment pour le développement des pompes à chaleur, une rénovation énergétique accessible et une simplification de la RE2020.
L'électricité doit changer de dimension dans la stratégie énergétique française. C'est le message porté par Équilibre des Énergies, qui entend placer l'électrification au cœur du débat présidentiel de 2027. En 2025, l'électricité représentait 26,5 % de la consommation finale d'énergie en France. Le projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) prévoit de porter cette proportion à 52 % en 2050.
Pour atteindre cet objectif, l'organisation appelle à coordonner le développement du nucléaire, des énergies renouvelables, des réseaux électriques, du stockage et des flexibilités. L'enjeu est de disposer d'une électricité bas-carbone suffisamment abondante et compétitive pour remplacer les énergies fossiles là où les solutions électriques offrent le meilleur rapport entre coût et efficacité.
« La présidentielle de 2027 doit faire passer l'électrification des discours à une politique nationale, au service de notre souveraineté, de notre industrie et de la décarbonation de notre économie », estime Dominique Bussereau, président d'EdEn. L'organisation demande également la publication du tableau de bord de l'électrification prévu par la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), ainsi que la désignation d'un organisme chargé du suivi de cette trajectoire.
Réduire la place du gaz fossile sans déstabiliser la filière
L'électrification doit s'accompagner d'une diminution progressive de la consommation de gaz fossile. EdEn préconise une stratégie pluriannuelle tenant compte des différences entre usages et territoires, mais aussi de la disponibilité des solutions de remplacement, de la sécurité d'approvisionnement et de la compétitivité économique.
Cette transition ne doit pas se traduire par un démantèlement prématuré des infrastructures gazières. L'organisation souhaite adapter ces réseaux aux besoins futurs et réserver les gaz renouvelables et bas-carbone aux usages pour lesquels ils présentent le plus d'intérêt, notamment certaines applications industrielles, les besoins de chaleur à haute température ou encore la production d'électricité lors des périodes de pointe.
EdEn insiste également sur la nécessité de limiter les nouvelles dépendances technologiques et matérielles. Elle pointe notamment l'enjeu du cuivre et défend une meilleure prise en compte du recyclage et de l'économie circulaire dans le déploiement des solutions d'électrification.
Bâtiment : les pompes à chaleur en première ligne
La construction neuve et la rénovation énergétique figurent parmi les priorités identifiées par EdEn pour le prochain quinquennat. Dans le parc existant, l'organisation recommande de privilégier les rénovations permettant de sortir effectivement du fioul et du gaz fossiles, avec une place particulière accordée aux pompes à chaleur (PAC).
Elle précise toutefois que les autres solutions décarbonées doivent rester envisageables lorsque l'électrification se heurte à des contraintes techniques ou économiques. L'objectif affiché est de rendre la transition accessible aux ménages, tout en améliorant le pouvoir d'achat et en réduisant les émissions du secteur résidentiel.
Sur le terrain réglementaire, EdEn propose de réviser la réglementation environnementale 2020 (RE2020) afin de réduire les surcoûts de construction. Elle demande également de réexaminer les exigences relatives aux émissions des produits de construction prévues pour 2028 et 2031, quitte à en reporter l'application.
Autre évolution souhaitée : mieux intégrer le confort d'été dans les politiques du bâtiment. Face à la multiplication des épisodes de chaleur, l'organisation propose de faire évoluer le diagnostic de performance énergétique (DPE) autour de trois composantes distinctes : le « Climat », fondé sur les émissions de CO₂ ; l'« Énergie », qui mesure la consommation finale ; et la « Résilience climatique », consacrée à la capacité du logement à faire face aux fortes chaleurs.
Industrie et transports : accélérer les investissements
Au-delà du bâtiment, EdEn veut faire de l'électricité un levier de réindustrialisation. La part de l'industrie dans le PIB français est estimée à 13,5 %, contre 20 % en moyenne dans l'Union européenne. L'organisation propose de combler cet écart en dix ans grâce à un plan national d'électrification et de décarbonation, piloté aux niveaux national et régional.
Ce programme devrait garantir une électricité compétitive, anticiper les besoins de raccordement et orienter les aides publiques et la fiscalité vers les investissements bas-carbone susceptibles d'être déployés à grande échelle. EdEn suggère également de réunir industriels, énergéticiens, gestionnaires de réseaux et acteurs de la formation au sein d'une « Équipe de France de l'électrification industrielle ».
Dans les transports, l'organisation appelle à accélérer le déploiement des véhicules électriques et des infrastructures de recharge, notamment dans les copropriétés, le long des grands axes routiers et dans les dépôts et centres logistiques accueillant des poids lourds. Elle préconise aussi de généraliser le pilotage de la recharge pour mieux répartir les appels de puissance sur les réseaux.
Le transport routier reste un point de blocage majeur : ses émissions de gaz à effet de serre sont passées de 116,2 millions de tonnes équivalent CO₂ en 1990 à 114,9 millions en 2025. EdEn défend donc une approche combinant électrification des véhicules, développement des transports collectifs et report vers le fret ferroviaire. Pour l'aérien et le maritime, elle mise notamment sur les carburants durables, l'électrification des activités au sol et le développement de ports conçus comme des pôles de logistique et d'industrie décarbonée.
Fiscalité et réglementation à revoir
Pour lever les freins à l'électrification, EdEn souhaite aligner progressivement la fiscalité énergétique sur les objectifs climatiques, les impératifs de compétitivité et la préservation du pouvoir d'achat. Elle exclut une hausse brutale de la facture énergétique des ménages et des entreprises.
L'organisation demande également de supprimer les biais réglementaires défavorables à l'électricité et de concentrer les aides sur les opérations de décarbonation les plus efficaces. Elle défend, à l'échelle européenne, le principe de neutralité technologique et une mise en œuvre très progressive du deuxième système d'échange de quotas carbone, l'ETS2, à compter du 1er janvier 2028, avec une redistribution des recettes vers les secteurs concernés.
À travers ses 13 cahiers thématiques et ses 17 lignes d'action, EdEn entend ainsi donner aux candidats à la présidentielle des pistes pour articuler transition énergétique, compétitivité et souveraineté. Reste à savoir dans quelle mesure ces orientations trouveront leur place dans les programmes, notamment sur les sujets sensibles du coût de la construction, du financement de la rénovation et de la sortie progressive des énergies fossiles.
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