« On tue le modèle d’entreprise artisanale » : la colère monte à la Capeb
La pétition « Laissez-nous travailler ! » lancée par la Capeb à Batimat traduit le ras-le-bol des entreprises artisanales du bâtiment. La dégradation persistante de l’activité, les hausses de coûts et les pertes d’emplois confirment l’actualité de leur mobilisation. Son président, Jean-Christophe Repon, dénonce également un marché qui tend à écarter les artisans, notamment dans la rénovation énergétique.
« Les artisans ne demandent pas à vivre sous perfusion d’aides. Ils veulent pouvoir vivre du fruit de leur travail, trouver des chantiers, embaucher et transmettre leurs savoir-faire. » Le message porté par la Capeb avec sa pétition « Laissez-nous travailler ! », lancée à l’occasion de Batimat, reste pleinement d’actualité. Au 27 octobre, elle avait recueilli 8 600 signatures. Pour Jean-Christophe Repon, président de l’organisation, ce chiffre témoigne de l’inquiétude et de l’exaspération des entreprises artisanales, qui peinent à retrouver une activité suffisante et à préserver leurs marges.
La Capeb veut faire entendre cette colère auprès des pouvoirs publics, alors que les arbitrages budgétaires pour 2027 se préparent. Elle demande notamment une baisse temporaire de la TVA sur les travaux de rénovation, une meilleure visibilité sur les aides et des règles adaptées aux réalités des petites entreprises. « On veut bien participer à l’effort de la France et au pouvoir d’achat, mais les artisans sont au taquet », résume Jean-Christophe Repon.
Une activité toujours en recul
Les chiffres du troisième trimestre 2026 confortent le constat de la Capeb. L’activité des entreprises artisanales du bâtiment recule de 1 % sur un an, après une baisse de 0,5 % au trimestre précédent. La construction neuve comme l’entretien-rénovation enregistrent chacune un recul de 1 %.
Seule éclaircie, la rénovation énergétique progresse de 1 %, une première depuis le premier trimestre 2024. Mais la Capeb ne considère pas cette évolution comme le signe d’une reprise structurelle. Elle l’explique notamment par les travaux de climatisation et de ventilation réalisés durant l’été, dans un contexte de fortes chaleurs.
Les difficultés restent marquées dans plusieurs métiers : la maçonnerie, la menuiserie-serrurerie et l’aménagement-décoration-plâtrerie affichent chacune une baisse de 2 %. Géographiquement, toutes les régions sont concernées par le recul de l’activité, à l’exception de la Normandie, où elle se stabilise.
Les hausses de coûts pèsent sur les marges
La situation est aggravée par la hausse des prix des matériaux et des déplacements, que la Capeb associe notamment aux conséquences du conflit au Moyen-Orient. Selon son enquête de conjoncture, 82 % des entreprises constatent une augmentation du prix des matériaux et 94 % une hausse des coûts de déplacement.
Pour 37 % des entreprises interrogées, la hausse des prix des matériaux atteint 5 à 10 %. Mais la répercussion de ces coûts sur les devis reste difficile : 37 % déclarent rencontrer des difficultés à les répercuter et 45 % n’ont pas encore ajusté leurs prix. Les chantiers en cours, dont les devis ont déjà été signés, expliquent notamment ce décalage.
Les conséquences se lisent dans les comptes des entreprises. Trente pour cent déclarent une détérioration de leur trésorerie et un quart expriment des besoins de financement, pour un montant moyen de 25 000 euros. Par ailleurs, 28 % signalent une baisse de leurs marges, contre seulement 5 % une hausse.
45 000 emplois détruits en quatre ans
L’emploi constitue un autre motif d’inquiétude. Sur un an, les entreprises du BTP de moins de 20 salariés ont perdu 17 066 emplois, dont environ 11 500 dans les entreprises du bâtiment comptant jusqu’à dix salariés. Jean-Christophe Repon évoque près de 45 000 emplois détruits en quatre ans.
Le président de la Capeb alerte sur les conséquences de cette évolution pour le modèle économique de l’artisanat. Alors que les entreprises réduisent leurs effectifs, les créations de microentreprises se poursuivent. Les intentions de recrutement restent prudentes : 5 % des entreprises envisagent d’embaucher, contre 3 % qui prévoient des licenciements. Pour la Capeb, ces chiffres ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes sur la capacité des entreprises à maintenir leurs équipes, à accueillir des apprentis et à transmettre leurs savoir-faire.
« Si nous devions continuer à détruire de l’emploi et s’il y a toujours des créations massives de microentreprises, on aura une création de main-d’œuvre en microentreprise qui travaillera pour les entreprises. On tue le modèle d’entreprise artisanale, on crée une bombe à retardement et c’est la mort du pacte social », prévient-il.
Une baisse de TVA pour relancer les travaux
Face à cette situation, la Capeb défend une baisse de la TVA sur les travaux de rénovation, à 5,5 %. L’objectif est de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et de rendre davantage de travaux réalisables, afin de relancer directement la demande adressée aux artisans.
L’organisation demande également un parcours de rénovation énergétique par étapes, accessible financièrement et adapté aux besoins des ménages. Elle plaide pour davantage de stabilité dans les dispositifs d’aide, dont les changements successifs compliquent la décision des particuliers et freinent les chantiers.
La Capeb s’oppose par ailleurs à toute mesure susceptible d’alourdir le coût du travail dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027. Elle demande notamment d’écarter la prime de partage de la valeur, ainsi que certains dispositifs d’épargne salariale, de l’assiette de calcul de la réduction des cotisations patronales.
Sur les déchets du bâtiment, elle réclame une REP PMCB plus efficace et mieux adaptée aux réalités des artisans et des collectivités. Concernant l’électrification des entreprises, elle souhaite sortir des aides temporaires et disposer d’une offre associant véhicule électrique, borne de recharge et financement.
« Nous ne voulons pas être de la main-d’œuvre »
Au-delà de la conjoncture, Jean-Christophe Repon dénonce une évolution du marché qui risque, selon lui, de réduire la place des entreprises artisanales. Le développement de consortiums intégrant plusieurs maillons de la rénovation énergétique, notamment autour des pompes à chaleur, cristallise cette inquiétude. (Lire la tribune de la Capeb)
« Les consortiums, c’est insultant pour ce que nous sommes », affirme-t-il. Pour le président de la Capeb, ces modèles témoignent d’une volonté de concentrer le marché et risquent de reléguer les artisans à un rôle de poseurs ou de sous-traitants, alors que leur expertise est essentielle au conseil, à l’adaptation des solutions aux logements et à la qualité des travaux.
« Nous défendons un monde où il y a partage de la valeur », insiste-t-il. C’est dans cet esprit que la Capeb était présente lors de la grande réunion de lancement du Plan Electrification et constitué une alliance avec Sofinco et Coédis (Fédération du négoce en second œuvre technique). L’organisation entend défendre des solutions de financement qui ne se limitent pas au montant des mensualités, mais tiennent compte des réalités du chantier et des situations particulières, notamment lors de la dépose des équipements existants.
« Nous ne voulons pas être de la main-d’œuvre », martèle Jean-Christophe Repon, qui regrette que les discussions portent trop souvent sur le financement et pas assez sur la qualité des travaux. La Capeb estime que la transition énergétique doit reconnaître pleinement le rôle des artisans, et non les écarter de la relation avec les clients.
La Capeb attend un rendez-vous avec le Premier ministre
La Confédération assure vouloir proposer des solutions concrètes pour soutenir l’activité et l’emploi, sans coût supplémentaire pour l’Etat. Pour Jean-Christophe Repon, l’enjeu dépasse la seule conjoncture : il concerne l’avenir du modèle artisanal, l’emploi local et la capacité des entreprises à prendre part à la rénovation des logements.
L’organisation demande à être reçue par le Premier ministre afin de lui remettre les résultats de la mobilisation et de lui présenter les attentes des artisans. Au 27 octobre, elle indiquait toujours attendre une réponse.
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