Les pays européens importent de plus en plus d’électricité des nations voisines. De 3 TWh en 2017, la quantité de courant est passé à 21 TWh en 2019. Ces importations, qui représentent 1,6 Mrd€ de dépenses, ne sont soumises à aucune taxation carbone. Dans le même temps, les pays de l’UE cherchent à sortir du charbon et sa calamiteuse empreinte environnementale. Rappelons que pour chaque MWh d’électricité produit, c’est près d’une tonne de CO2 qui s’envole dans l’atmosphère, là où le gaz en émet deux fois moins et les renouvelables près de 100 fois moins...
Le think tank Sandbag révèle un effet pernicieux : cette production de courant sale se déplacerait hors des frontières de la Communauté pour s’établir à ses portes, dans des pays tiers – moins regardants – mais prochainement mieux interconnectés au réseau électrique. Certains pays de l’Union Européenne, proches des Balkans, d’Europe orientale ou d’Afrique du Nord seraient plus particulièrement exposés. Le groupe de réflexion estime que les importations européennes représentent une empreinte de 26 Mt de CO2 annuelles. Et cette quantité ne fera que croître à l’avenir, puisque les capacités de production électrique grâce à des centrales à charbon vont exploser. Plus de 57 GW sont prévus, notamment en Turquie (34 GW), Égypte (11 GW), Bosnie-Herzégovine (4 GW) et Serbie (2 GW). D’autres connexions sont également programmées vers la Tunisie, la Libye ou la Moldavie, qui entreront en service avant 2025. Chris Rosslowe, l’auteur du rapport, déclare : « La politique de l’UE entraîne une nouvelle vague de construction de centrales à charbon juste à ses frontières. Cette énergie polluante s’introduit furtivement dans le réseau ».