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Matériaux biosourcés, un marché à presque 100 M€

, mis à jour le 21/05/2026 à 13h45
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matériaux isolants biosourcés

Alors que la situation est difficile pour la construction – qu’il s’agisse de neuf ou de rénovation – les matériaux biosourcés parviennent à tirer leur épingle du jeu : ils progressent en volumes et en CA, grignotant des parts de marché aux matériaux carbonés. Les raisons ? L’AICB les décortique dans son 2e baromètre.

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Les matériaux biosourcés (isolants en tête) progressent d’année en année. En 2025, ils ont représenté un marché de 97,7 M€ en France (+9 %) avec une croissance constante. 
Yves Hustache, délégué général de l’Association des Industriels de la Construction Biosourcée (AICB), explique : « C’est l’équivalent de 32,7 millions de m² mis en œuvre sur 100 mm d’épaisseur. En 2024, c’était 30,9 millions, et 28,2 millions en 2023. Le tout dans un marché de l’isolation plutôt en décroissance, puisqu’il a fait -9 % en 3 ans ».

Des parts de marché qui augmentent

Les produits « naturels » se répartissent en plusieurs familles distinctes dont l’adoption est variable. Ainsi, les semi-rigides dominent largement le marché aujourd’hui, avec 17,6 millions de m² (54 %), loin devant les isolants en vrac qui représentent 10,7 millions de m² (33 %) et les panneaux rigides à 3,5 millions de m² (11 %). Les bétons biosourcés - récemment entrés dans le scope de l’AICB - sont encore confidentiels avec l’équivalent de moins de 1 million de m² mis en œuvre en 2025 (3 %). Vincent Hannecart, président de l’AICB, analyse cette répartition : « Les semi-rigides ont profité d’une augmentation de l’offre sur le marché, avec plus d’acteurs industriels. Les volumes ont été multipliés par 5 depuis 2016. Les produits rigides ont quant à eux été multipliés par 7 sur la même période. Les bétons biosourcés sont en progression également, avec une technologie humide bien différente, qui s’adresse à d’autres professionnels, maçons et façadiers. Le vrac pour sa part est resté stable en volumes ». Les biosourcés se démocratisent donc et représentaient, en 2025, environ 8,2 % du marché de l’isolation (+0,7 point par rapport à 2024, +1,8 par rapport à 2023).

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marché biosourcés 2025 France mix familles produits isolants

Des ressources locales qui sont valorisées en France

Pour la première année, l’AICB s’est penchée sur la régionalité du marché et a constaté que certains territoires français étaient plus demandeurs que d’autres. C’est notamment le cas de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui capte 20 % des volumes nationaux et de la Bretagne (12,7 %) malgré une population moindre. « Les volumes sont bien moindres en Île-de-France, où l’on construit plus en béton », souligne Vincent Hannecart. Mais la filière industrielle est aujourd’hui bien implantée dans tout le pays, avec 18 usines et environ 4 000 emplois directs et indirects. En tout, 150 M€ ont été investis ces 5 dernières années pour l’outil productif. Côté capacités, aucun souci à se faire, les industriels ont de la marge : ils ne fonctionnent qu’à la moitié de ce qu’ils pourraient fournir. Tout en ne consommant que 2 % de la biomasse disponible en France. Pas de pénurie en vue donc.

Et la différence de prix, souvent mise en avant, est aujourd’hui en train de s’estomper. À la fois parce que les volumes augmentent, amenant des économies d’échelle, et parce que les autres produits de l’isolation notamment doivent faire face à la flambée du prix de leurs matières premières et de l’énergie. Les biosourcés, eux, se contentent de process peu énergivores, amenant une certaine souveraineté industrielle sur ces matériaux issus de cultures locales (chanvre, paille, bois, bambou…).

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régions France matériaux biosourcés 2025

Dernier argument poussé par les adhérents de l’AICB, l’impact carbone de l’utilisation des biosourcés. Sur leur durée de vie, ces matériaux stockent le CO2 et les nouvelles générations de plantes continuent d’absorber ce gaz pour leur croissance, chaque année. Résultat : en 10 ans, les matériaux biosourcés ont déjà stocké 2,3 Mt de gaz carbonique. Et les futurs seuils de la RE2020 en 2028 et 2031 devraient encore plus inciter la construction neuve à y recourir. Les seules limites, selon les spécialistes, sont encore la rénovation où aucun bonus incitatif n’est proposé pour l’usage des biosourcés, et la méconnaissance des produits par les artisans et les commanditaires. La demande est, aujourd’hui encore, davantage portée par les bailleurs sociaux et les collectivités locales pour leurs ERP. L’AICB ne manque pas d’idées et propose de modifier des fiches de travaux CEE ou de demander aux maires d’accorder des permis de construire avec des minima de biosourcés. Prochain objectif : dépasser les 100 M€ de CA cumulés en 2026, ce qui semble possible.

« Isoler est un acte responsable pour l’économie et l’environnement. Électrifier et isoler en biosourcés permet d’avoir plus d’impact pour la planète », Vincent Hannecart (président de l’AICB)

Fort de 14 ans d’expérience dans la presse bâtiment, Grégoire, Rédacteur en chef de Zepros Bâti depuis 2019, est spécialisé dans les matériaux, l’isolation, la charpente, la couverture et les innovations énergétiques.
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