La suppression des fiches CEE "éclairage" : une bonne nouvelle ?

, mis à jour le 10/03/2026 à 17h21
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Salon bureau avec incrustation du portrait de Léo Perez, expert en éclairage travaillant chez Clareo

La suppression des fiches BAT-EQ-127, IND-BA-116 et BAR-EQ-110 a pris de court de nombreux acteurs. Pour certains, c’est une remise en cause brutale d’un levier largement utilisé ; pour d’autres, une décision difficile à comprendre au regard des besoins persistants de rénovation. Pour Léo Perez, responsable BU de Clareo Global Solution, cette évolution doit surtout être lue comme un signal réglementaire fort : le dispositif des CEE entre dans une phase de maturité, plus exigeante, recentrée sur l’impact réel et l’additionnalité.

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Voici le point de vue de Léo Perez (en photo), expert de l'éclairage travaillant de Clareo, pour qui la suppression des fiches CEE BAT-EQ-127, IND-BA-116 et BAR-EQ-110 n'est pas forcément une mauvaise nouvelle...

Le relamping LED : d’innovation à standard du marché

Il faut le reconnaître : le relamping LED a été, pendant plusieurs années, un accélérateur très efficace d’économies d’énergie. Les opérations étaient rapides à déployer, relativement simples à justifier et souvent rentables, notamment grâce à la prime.

Mais la situation a changé. Dans une grande partie des bâtiments tertiaires et industriels, la LED n’est plus une solution innovante : elle est devenue la norme technique, parfois même un prérequis pour maintenir un niveau de performance acceptable.

Or, dès lors qu’une solution devient quasi systématique, la question centrale du dispositif CEE se pose naturellement : l’additionnalité. Autrement dit, les CEE doivent financer ce qui ne se ferait pas sans incitation, et non accompagner des décisions déjà devenues “standard marché”.

Des dérives qui ont fragilisé la crédibilité du dispositif

Comme tout mécanisme incitatif, le CEE a pu donner lieu à des pratiques opportunistes. Sans remettre en cause le travail sérieux de la majorité des intervenants, certaines dérives ont contribué à fragiliser la confiance dans le système, notamment :
•    des dimensionnements incohérents ou orientés “prime” plutôt que “usage” ;
•    des dossiers construits principalement pour faire du volume ;
•    des modèles économiques dépendant quasi exclusivement de la subvention ;
•    une pression commerciale forte, parfois au détriment d’une cohérence énergétique globale.

Dans ce contexte, le choix du régulateur de resserrer le cadre s’inscrit dans une logique de protection du dispositif : préserver sa capacité à financer des opérations réellement transformationnelles, et limiter les effets d’aubaine.

Ce qui change vraiment : la fin d’une approche “mono-opération”

L’enjeu n’est pas uniquement la disparition de fiches. Le message est plus profond : l’efficacité énergétique ne peut plus être traitée comme une succession d’actions isolées (par exemple “remplacer des luminaires”), mais comme une démarche globale, fondée sur l’usage, la performance et la durée.

Concrètement, la valeur se déplace vers des approches plus structurées, telles que :
•    Un audit technique réel et une analyse fine des usages ;
•    L’optimisation des puissances installées, des horaires, des niveaux d’éclairement utiles ;
•    L’intégration du pilotage, de la régulation et, lorsque pertinent, des interactions avec le CVC ;
•    Une vision de performance dans le temps (maintenance, dérives, reparamétrages, suivi) ;
•    Une structuration financière reposant sur des économies mesurables et robustes, et pas uniquement sur la prime.

C’est plus exigeant, mais aussi plus cohérent avec l’objectif initial des CEE : déclencher des investissements qui changent durablement la trajectoire énergétique.

Un tri naturel du marché… et une montée en compétence attendue

Cette évolution va inévitablement créer des tensions, en particulier pour les acteurs dont le modèle reposait sur une logique de volume et de standardisation. Certains schémas économiques devront être repensés.

À l’inverse, les organisations capables de raisonner “bâtiment” plutôt que “produit” seront renforcées : celles qui savent analyser un site dans son ensemble, proposer des scénarios techniques cohérents, sécuriser la conformité, et inscrire le financement dans une logique de performance réelle.

Une réforme exigeante, mais structurante

Le dispositif CEE n’a pas vocation à subventionner ce qui serait réalisé de toute façon. Il doit rester un outil de déclenchement et d’accélération de la transition énergétique, avec un niveau d’exigence à la hauteur des enjeux.

La suppression des fiches éclairage ne doit donc pas être lue comme une sanction d’un secteur, mais comme une étape de consolidation : plus de robustesse, plus de crédibilité et un recentrage sur l’impact.

Les dérives ont existé et ont pesé sur l’équilibre du système. Cette réforme peut aussi être une opportunité : remettre la performance énergétique au centre, valoriser les acteurs structurés et responsables, et faire évoluer le marché d’une logique de prime vers une logique de résultats.

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