
« La prévention, gage de pérennité et de meilleure performance pour l’entreprise »

Lutte contre les accidents graves et mortels, TMS, usure professionnelle… Le secrétaire général de l’Organisme professionnel de prévention pour le BTP fait un point d’étape sur la prévention des risques. L’occasion pour les TPE-PME d’en faire aussi un sujet de dialogue social.
Quel que soit le métier (gros œuvre, second œuvre), la prévention des risques professionnels constitue un enjeu majeur identifié de longue date. Au-delà de la nécessité de sécuriser les chantiers et le quotidien des compagnons, c’est un enjeu de gestion des ressources humaines. À savoir la promesse pour les salariés d’évoluer dans des environnements plus sûrs. C’est aussi un facteur d’attractivité : l’amélioration des conditions de travail est devenue un levier essentiel pour favoriser les recrutements d’apprentis et fidéliser les collaborateurs. Avec les partenaires habituels (Carsat, DREETS, Santé du travail…), l’OPPBTP maintient une forte présence sur le terrain, en particulier à destination des TPE-PME, pour poursuivre les conventions et programmes opérationnels signés avec les branches professionnelles (Capeb, FFB, FNTP). Ils jouent un rôle clé dans la culture de prévention : un sujet incontournable pour tous.
Il faut d’abord rappeler que notre organisme défend l’intérêt et les conditions de travail à tous les niveaux de la hiérarchie : des cadres aux compagnons, des bureaux aux chantiers. À ce titre, nous œuvrons avec les parties prenantes sur trois principales orientations de travail. D’une part, accompagner les entreprises à identifier les risques et bien gérer la prévention. D’autre part, l’OPPBTP a une action de promotion de la prévention sous tous ses aspects entre autres dans le cadre de la formation initiale des apprentis. La prévention est un vecteur de performance globale pour les entreprises en les aidant dans leur conduite au changement. Enfin, l’OPPBTP propose toute une série d’outils (actions de terrain via nos treize antennes régionales et plus de 380 collaborateurs, webinaires, mise à disposition d’affiches et de mémos d’accueil pratiques, etc.).
Accidents du travail • Les chiffres clés
Dans le BTP, un AT survient toutes les 2 mn et occasionne en moyenne 71 jours de travail perdus. Chutes de hauteur, de plain-pied, et manutentions représentent 80% du coût des dépenses annuelles du secteur au titre de l’Assurance Maladie - Risques professionnels. La somme des coûts directs et indirects de ces accidents et maladies est évaluée à 5 % du coût des ouvrages bâtis.
(Source : Cnam DRP 2020, INRS)
Avec 76 758 incidents intervenus entre 2022 et 2023, le nombre d’accidents du travail (AT) a diminué de 4,3%. C’est plutôt une bonne nouvelle d’autant que le BTP est l’un des secteurs où la sinistralité reste particulièrement élevée. Néanmoins, ce bilan doit être nuancé. Le gros point noir concerne le taux de fréquence des accidents du travail [39,9 ‰ tous corps d’état confondu : Ndlr] et le nombre de décès qui demeurent encore trop importants [149 décès dans le BTP soit -11,3 % en 2023 vs 2022 ; tous secteurs et sinistres confondus, le nombre total de décès au travail s’est élevé à 1 287 en 2023, 60 de plus vs 2022 : Ndlr]. Ces chiffres restent inacceptables !
« La prévention est souvent plus une question d’organisation du travail que de moyens. »
Selon les premières données de la Caisse nationale d’Assurance maladie des travailleurs salariés (Cnam-TS), le nombre d’accidents (chutes de hauteur, d’objets, accidents graves ou violents, etc.) a globalement diminué pour la deuxième année consécutive – de 3 à 5 % selon les régions et les métiers. C’est un signal positif. Mais c’est un peu le verre à moitié plein ou à moitié vide. Lorsque l’on se focalise sur les accidents mortels, la tendance de long terme s’inscrit à la baisse mais avec l’impression néanmoins d’un plancher qu’on n’arrive pas à briser, pas assez vite en tout cas.
Nous continuons à avancer sur une série de dossiers techniques en faveur d’une réglementation qui protège toujours mieux les compagnons. Le but est qu’ils bénéficient d’une protection adaptée à la réalité du terrain. Par exemple, les chutes de hauteur, le risque électrique et chimique, la question des faibles empoussièrements ou encore les particules minérales allongées d’intérêt (PMAi). Si certains observateurs jugent qu’il s’agit là de “petitesˮ avancées, elles sont importantes pour les professionnels [comme le lancement en 2023 de l’outil Carto-Silice pour mesurer l’exposition à la silice cristalline sur les postes de travail : Ndlr]. Du point de vue de la sinistralité, nous espérons que la tendance de long terme de baisse des accidents – vérifiée et mesurée par les statistiques de l’Assurance Maladie – se poursuive. L’OPPBTP renforce d’ailleurs ses actions de sensibilisation, de formation et d’accompagnement des entreprises avec des campagnes nationales comme “Travail en hauteur, pas droit à l’erreurˮ ou “Même pas malˮ pour prévenir des TMS (troubles musculosquelettiques).
« Dans le BTP, les chutes de hauteur et de plain-pied demeurent la 1re cause d’accidents et la 2e cause de décès d’origine professionnelle, hors risque routier (1re cause de mortalité due au travail) et malaises. »
Malgré les efforts déployés depuis des années par l’OPPBTP et des organismes tels que la Cnam, la Direction générale du travail et les acteurs du BTP, les chutes de hauteur et de plain-pied demeurent la 1re cause d’accidents et la 2e cause de décès d’origine professionnelle, hors risque routier (1re cause de mortalité due au travail) et malaises. Elles représentent un accident mortel sur cinq avec des conséquences particulièrement graves pour les métiers de la charpente-couverture et de la maçonnerie-gros œuvre. Selon la Sécurité Sociale, 24 décès ont été décomptés en 2021 contre 26 en 2022 et 27 en 2023. De nombreux chefs d'entreprise et compagnons semblent encore ignorer les situations à risques sur les chantiers. Cette contradiction entre conscience du danger et comportements sur le terrain souligne l’importance d’une sensibilisation renforcée.
Depuis 2019, la Cnam prend en compte les malaises au niveau des statistiques de la branche (AT, décès). Ce type d’événements a représenté environ 50 % des décès intervenus en 2024 tous métiers confondus. Le chiffre questionne bien sûr, mais l’OPPBTP ne dispose pas d’une réelle visibilité sur les facteurs de cause. Est-ce lié à des éléments personnels, aux conditions de travail ou les deux ? En raison du secret médical, nous n’avons pas accès aux dossiers médicaux.
« Réussir en prévention demande toujours d’être attentif à l’organisation et à la préparation des chantiers : ce qui est à la portée de tous. »
Les effets du changement climatique peuvent avoir des incidences sur le bon déroulement de l’activité. Un décret doit d’ailleurs être publié prochainement à ce sujet. Les métiers du BTP sont parmi les plus exposés aux fortes chaleurs et canicules. Santé Publique France a comptabilisé une quinzaine d’accidents mortels en 2023 (tous secteurs confondus) dont quatre dans le BTP. L’OPPBTP a publié il y a deux ans un premier guide de préconisations pour protéger la santé des travailleurs et assurer la continuité de l’activité. Avec des consignes, mesures sanitaires et solutions pratiques. Nous avons aussi diffusé en 2024 un document rappelant le port des EPI nécessaires durant les épisodes de chaleur excessives. À chaque fois, il s’agit de répondre aux enjeux d'amélioration des conditions de travail.
On peut avoir l’impression que les entreprises de moins de dix employés sont moins exposées aux risques professionnels comparées aux majors. Il n’en est rien et le constat demeure inquiétant. Les TPE représentent environ 35 % des effectifs salariés du BTP, mais enregistrent plus de la moitié des accidents mortels de chantier du secteur. Le poids des habitudes, le déficit de moyens d’animation dédiés sur la santé et la sécurité au travail comme l’absence du port d’EPI peuvent être des explications. En outre, contrairement aux majors et entreprises de plus de cinquante salariés, les petites entreprises artisanales n’ont pas – à de rares exceptions – de préventeurs ou de coordonnateurs de sécurité et de protection de la santé (CSPS). Les process pour prévenir des risques ne sont pas forcément bien établis. C’est un sujet prégnant sur lequel l’OPPBTP œuvre. Nous avons développé des approches spécifiques comme l’outil d’évaluation des risques DU Prems et de la documentation simple et très illustrée, y compris en collaboration avec des organisations professionnelles. Réussir en prévention demande toujours d’être attentif à l’organisation et à la préparation des chantiers : ce qui est à la portée de tous.
À LIRE ÉGALEMENT
Notre feuille de route est construite en cohérence avec le 4e Plan Santé au travail (PST4) mis en œuvre par l’État pour la période 2021-2025. Dans son précédent plan, l’OPPBTP avait déjà conforté la priorité à la prévention plutôt que la réparation. À travers cinq priorités redéfinies, @Horizon2025 continue de faire de la prévention la colonne vertébrale de notre action avec une large place accordée entre autres à la lutte contre les accidents graves et mortels, l’usure professionnelle ou encore les bouleversements dans le BTP liés à la transition digitale et environnementale. Nous réalisons aussi une ingénierie de la prévention des métiers de demain : évolution des modes de production avec la robotisation, avancée de la préfabrication, apparition des exosquelettes et EPI connectés, etc. Le plan @Horizon 2030 s’inscrira dans la lignée du PST5 (2026-2030). Les grandes lignes seront dévoilées cet automne.
Chutes de hauteur : le profil-type des victimes
• Métiers les plus touchés → Charpentiers-couvreurs (40 %) et Maçonnerie-gros œuvre (24 %).
• AT en moyenne de 4 mois vs 2,5 mois en moyenne pour les autres types d’accidents.
• Il s’agit d’une chute de moins de 3 m touchant des opérateurs en CDI travaillant dans une TPE-PME.
• Trois-quarts des accidents concernent les entreprises de moins de 50 salariés qui, souvent, ne disposent pas de préventeur.
• 50 % des chutes liées à une rupture de toiture fragile ou un défaut des EPI qui font pourtant l’objet d’aides financières de la Cnam.
• Accidents en majorité sur des chantiers de rénovation, pour une intervention de courte durée et chez un particulier.
Chutes de hauteur • Susciter une prise de conscience collective
À travers ses campagnes de sensibilisation “Travaux en hauteur, pas droit à l’erreurˮ et “Parce que ça n’arrive pas qu’aux autresˮ soutenues entre autres par le ministère du Travail et la Cnam, l’OPPBTP souhaite démontrer qu’il est « toujours possible de travailler en hauteur et en toute sécurité ».
D’autant qu’il existe de fortes disparités entre la perception du risque et sa gestion sur le terrain. Selon le syndicat professionnel, la majorité des salariés du BTP reconnaissent pourtant le caractère dangereux de leur métier (95 %), tandis que 75 % des chefs d'entreprise et 62 % des compagnons auraient déjà été témoins d’un accident dû à une chute de hauteur.
Europe • L’EU-Osha appelle à promouvoir la culture de prévention
Courant février 2025, la European Agency for safety and health at work (EU-Osha, l’Agence européenne de la santé et de la sécurité au travail) a publié son plan 2025-2034. La stratégie s’articule autour de quatre points principaux.
• Primo en matière de données et connaissances. L’Agence rappelle que la prise de décision doit s’appuyer sur des données solides et des études rigoureuses. Le but ? Pouvoir anticiper les risques émergents et renforcer la prévention.
• Secundo, développer des solutions pratiques pour qu’entreprises et salariés disposent de mesures de sécurité efficaces dans leur environnement de travail.
• Tertio, promouvoir des campagnes de sensibilisation dans un esprit collaboratif entre les gouvernements de l’UE, entreprises, organisations professionnelles et syndicats.
• Enfin, l’UE-Osha intègre le développement de l’IA qui induit de nouveaux défis. Un accent particulier porte sur la réglementation pour protéger la sécurité et le bien-être des travailleurs.
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